Nous avons réussis à avoir un interview du webmaster du site www.universitethomiste.com ; voici le compte-rendu de notre rencontre.
QUESTION : Vous êtes philosophe et chrétien. Est-il encore possible, aujourd'hui, de vivre sa foi en philosophie alors même que la philosophie et la théologie sont deux disciplines ayant – académiquement - leur autonomie propre, que les modes de procéder et les arguments ne sont pour la plupart pas recevable l'un dans l'autre et que les philosophes chrétiens sont souspçonnés de fausser leurs écrits avec des a priori religieux ?
RÉPONSE : D'abord et avant tout, je suis chrétien avant que d'être philosophe.
Ensuite je proclame solennellement que la recherche philosophique n'est qu'un prolongement naturel de la foi, principié et fondé par et sur elle. La foi est tout aussi bien cause efficiente que cause finale de la recherche philosophique. Ainsi toute philosophie n'est en résumé qu'une recherche de Dieu.
Plus profondément, et contrairement aux champs disciplinaires qui nous sont imposés, je pense que la philosophie ne va pas - et ne peut pas - aller sans la foi (et vice-versa). C'est le dilemme augustinien : "comprendre pour croire et croire pour comprendre". Car ce que je crois par la foi est tout aussi réel (voir plus...) que ce que je pense par moi-même, fruit d'une argumentation acceptable et acceptée ou aboutissement d'une démonstration logique. En ce sens, je ne peux me passer de théologie pour faire de la philosophie. Par exemple, que Voltaire et Rousseau se soit querrellés pour savoir si l'homme est bon par nature ou non, ne m'intéresse guère ; je connais, pour ma part, l'existence du péché originel (Genèse 3).
D'un autre point de vue, toute reflexion n'est que la recherche - plus ou moins consciente - de consolations pour boucher le trou existenciel qui nous sépare de Dieu : c'est une recherche philosophico-pathologique à l'intérieur même de la foi.
QUESTION : En plus d'être philosophe chrétien, vous êtes thomiste. Qu'est-ce qui vous séduit dans le thomisme ?
RÉPONSE : Ses principes, son réalisme et son intelligence de la foi ; en bref, son ton :
1° Le déploiement phénoménologique d'une hérmeneutique du monde créé
2° L'absolu respect métaphysique du singulier et du spécifique ; d'où notamment l'acceptation magistrale de l'entièreté de l'homme.
3° Son caractère systématique et ses multiples possiblités de diversification intégratoires
4° Et bien sûr, ce n'est pas seulement parce que j'apprécie saint Thomas, auquel cas je me fonderais sur une impression subjective, mais bien parce que l'Eglise catholique préconise son enseignement.
QUESTION : Le thomisme a-t-il encore du sens aujourd'hui ?
RÉPONSE : Malgré son isolement institutionnel marqué (surtout en France...), le thomisme est toujours aussi prégnant et pertinent aujourd'hui. D'abord parce qu'il est une reflexion chrétienne qui assume sa chrétienté à l'heure où mélanger philosphie et religion est très mal vu. Ensuite parce que ses principes, tant épistémologiques que métaphysiques ne peuvent subir l'épreuve du temps. Enfin, parce que le travail de bon nombre de grand penseurs d'aujourd'hui est fortement marqué par saint Thomas, que l'Église le place toujours sur un piedestal et que notre travail aujourd'hui - qui porte ses fruits - est de rendre saint Thomas perceptibles aux contemporains.
QUESTION : Les autres types de systèmes ou de rationnalités philosophiques sont-ils écartés pour autant ?
RÉPONSE : Dans la mesure où leurs réflexions amène à penser philosophiquement que ce qui est n'est pas, oui (sauf dans le cas de Hegel). Mais lorsqu'elles servent à produire de nouvelles problématiques pour la réflexion thomiste, elles méritent de l'intérêt. Cela suppose un dialogue constant entre les thomistes et les diverses philosophies annexes.
QUESTION : Quel est donc le statut de la philosophie dans l'âme d'un penseur chrétien du XXIème siècle ?
RÉPONSE : Comme je l'ai dit plus haut, la philosophie est un prolongement "laïc" et séculier de notre recherche de Dieu en ce bas-monde ; elle a le rôle de l'ombrelle qui protège l'ermite desséché par le soleil dans le désert, ou de sa coupe d'eau : elle naît de la soif de Dieu. Sinon, elle tomberais sous le coup de saint Paul (Colossiens 2, 8) : elle ne serais qu'un vain assemblage d'éléments du monde en vue du monde seul.
Non, la philosophie a deux rôles majeurs :
- un rôle apologétique, prosélyte et apostolique ; à la manière de la Contra Gentiles, elle se déploie dans une sphère de discours laïc pour ouvrir à la transcendance. Ici, elle s'abaisse pour s'élever, pourrait-on dire.
- un rôle pénitentiel ; elle apprend à l'intelligence qu'elle n'est qu'une étincelle de Dieu, faite pour revenir au Foyer.
QUESTION : Doit-on vous appeler philosophe chrétien, thomiste, néo-thomiste ou thomasien ?
RÉPONSE : Peut-être chrétien tout court. Mais c'est un titre que personne ne mérite.
QUESTION : Quels conseils donneriez-vous aux hommes de notre temps ?
RÉPONSE : Devenez Chartreux.
QUESTION : Quels conseils donneriez-vous aux non-croyants (si cela existe vraiment) ?
RÉPONSE : Vous valez plus que vous ne le pensez.
Merci à vous, en Christ, dans la contemplation aujourd'hui voilé du Père mais bientôt dévoilée aux âmes des justes, par l'Esprit, gerbe d'Amour de la Vie divine qui nous conduit dans la Charité, avec la Foi, dans l'Esperance.