Pourquoi saint Thomas d'Aquin ?
1ère partie : l'amour chez l'Aquinate
A notre sens, on ne retrouve personne qui a pour l'homme en tant qu'homme à la fois autant confiance en ses puissances et autant conscience de ses limites, autant de compréhension pour ses faiblesses et autant de prudence intellectuelle envers ses prétentions ; en somme, nous avons trouvé personne qui n'avait autant d'amour pour l'homme en ce qu'il est. Et le frère Thomas n'est pas saint, docteur de l'Eglise et docteur commun pour rien. Toute sa vie n'a été qu'une profonde analyse des mystères divins, qui l'a amené à scruter la structure intimement philosophique et la cause proprement théologique de toutes les réalités parmis lesquelles l'homme poursuit son chemin. Il a particulièrement porté son attention sur ces réalités par lesquels l'homme arrive tout entier, en pleine intégrité, au bout de son chemin, c'est à dire à la vision béatifique. L'être humain in via est porté à comprendre ce qui l'entoure, et à prendre pour lui ce qui lui permettra d'achever cette route. L'amour fait partie de cette classe de réalités dans lesquelles l'homme est plongé, et desquelles il est absolument impossible de ne pas s'employer à comprendre – ou du moins à vivre. L'amour semble traverser l'être humain de part en part en ce qu'il est et l'élever à plus qu'il n'est ou qu'il ne peut espérer par sa simple raison.
C'est pourquoi nous avons choisit saint Thomas d'Aquin : personne, à notre sens, n'a développé la pensée de façon aussi extensive sur l'être humain, sur ce qu'il est et sur ce qu'il devient. L'amour peut être pris dans sa totalité avec l'Aquinate, et c'est ce qui interesse notre propos. Le philosophe vit puis comprend ; saint Thomas a compris et a vécu. Nous n'inversons pas le processus, mais nous cherchons le gain de temps à vivre dans ce qui a été déjà compris, plutôt qu'à comprendre chronologiquement et linéairement ce que nous vivons. Tel est le sens de la méthode scolastique dans le recours aux autorités, recours qui a été complètement abandonné depuis l'époque des Lumières. Le début de notre introduction nous a démontré que nous n'arriverons pas sans grand mal à determiner par nous-même ce qu'est l'amour. De surcroit, déterminer une notion telle que l'amour sans se référer à un "système" philosophique organisé, et sans se fonder sur une anthropologie précise est impossible. Notre référence à un auteur dont l'œuvre est aussi synthétique que saint Thomas va nous permettre de nous mouvoir et de travailler la notion d'amour à l'intérieur même de son oeuvre. Notre autorité sera celle de saint Thomas d'Aquin. Laissons donc le docteur de la vérité catholique nous instruire sur ce sujet, et reçevons son enseignement "comme des petits enfants dans le Christ"