Contexte historique
- guerres de religions dûes aux réformes protestantes
- période de guerres civiles en Angleterre, notamment la Révolution Anglaise
- crise des autorités scolastiques
L'œuvre entière de Hobbes est donc une œuvre de circonstance, qui devait répondre au plus vite à ces crises très graves que Hobbes a lui-même connu, crise tant politique que philosophique ou religieuse. Mais il y a tout de même un sens philosophique fondammental qui doit être pris en dehors de ces considérations temporelles.
Le projet Hobbesien de refondation rationnelle comporte deux aspects : un aspect métaphysique qui va soutenir ses conceptions politiques, où il réduit le réel à de la matière en mouvement et un aspect éthique et politique qui promeut l'homme en acteur décisif dans l'édification de son propre monde social et politique.
Ce contexte historique de "crise" donne le besoin de refondre beaucoup de notions, ou opinions selon Hobbes qui ont créés cette situation de crise ; Hobbes restitue donc sous forme des définitions de nombreux concepts.
La politique de Hobbes trouve ses fondements dans la nature même de l’homme. Ce point de départ exclut les points de départs utilisés habituellement pas les philosophes :
· Le COSMOS, dans l’antiquité païenne, chez Platon et Aristote notamment. L’ordre du monde, clos et fini, où chacun a une place bien déterminée, ordonné hierarchiquement. Tous les hommes ne sont pas égaux mais sont assignés à une place particulière.
· Les ECRITURES SAINTES. La politique ne trouve pas ses fondements dans l’Ecriture sainte (Bossuet, politique tirée des propres paroles de l’Ecriture Sainte…). La Bible n’a de valeur que comme confirmation, et pour éviter les objections scripturaires (voir dernière partie du Leviathan). Recours aux Ecritures saintes qui disparaît XVIIIème siècle. Il est à noter qu’en terre protestante, le texte Biblique est beaucoup plus proche que chez les catholiques.
· L’EXPERIENCE HISTORIQUE qu’utilise notamment Machaviel dans le traité du prince. Recourt à l’argument de dire : cela c’est toujours passé ainsi, ect… cet argument procède donc par induction. Mais, pour Hobbes, l’experience ne conclut rien Universellement. Toutefois, l’experience historique aura aussi un rôle confirmateur, tout comme le recours scripturaire.
Le concept de souveraineté
La crise des autorités écclesiales, de part le schisme avec Rome, demande une reformulation du concept d'autorité politique, puisque toutes les autorités sont transférées aux laïcs. Qu'en est-il alors du pouvoir spirituel qu'exercait le Pape ? C'est le problème de l'autonomie de l'état séculier qui exerce aussi bien le pouvoir sur la nature que le pourvoir surnaturel : la question religieuse s'intègre au politique.
C'est l'essort de l'état nation, c'est à dire d'un état délimité géographiquement qui exerce son autorité dans ses propres limites. Cela provoque une grande modification d'avec le temps où le Pape exercait son pouvoir sur l'Europe entière, et le passage de la territorialisation féodale des seigneurs à un état complet.
Le concept de TOLERANCE
Les réformes protestantes, au point de vue politique et les réformes philosophiques oont plongé les états dans des situations inconnu jusque lors : des individus de diverses sensibilités religieuses devaient vivre ensemble, côte à côte ; la vérité religieuse n'est pluys l'objet d'un consensus. C'est le problème de l'indépendance de la conscience individuelle ou liberté de conscience, déjà formulé par Luther et Calvin : les hommes peuvent-ils, ou ont-ils le droit de penser en leur fort intérieur ce qu'ils veulent ? Ce problème est relié à celui de tolérance : faut-il tolérer celui qui ne pense pas comme nous ?
C'est aussi la crise de la tradition : la transmission d'autorités qui ne sont plus admises (magistère catholique, thèses scolastiques, …) Il faut alors se forger de nouveaux outils conceptuels.
Le concept de BIEN COMMUN
C'est avec Machiavel que commence l'interrogation du concept Aristotélicien et Thomiste de Bien commun en tant que bien communautaire qui se vit au plus haut dans l'amitié. Le bien est hierarchisé dans la nature. C'est la crise des universels médiévaux.
Hobbes opère donc une récupération théorique des faits fondé sur une anthroplogie nominaliste.
Ainsi la physique et l'anthropologie nominaliste de Hobbes doievent beaucoup à Guillaume d'Ockham.
- chez Thomas d'Aquin : la volonté se soumet à la raison qui est universelle (le tout précède les parties)
- Chez Guillaume d'Ockham : la raison se soumet à la volonté (les parties précède le tout)
C'est l'essort d'une philosophie centrée sur l'individu et où les substances sont des constructions mentales des sensations. L'homme conçu dans la figure d'Adam pécheur n'aura ainsi d'autre souci que d'assurer la centralité de son moi (désir de gloire, puissance, richesse) et de s'empecher de penser à la mort (divertissement). Le désir de grandeur n'est plus que l'autre face de la richesse.
THOMAS HOBBES
Deux principes de la vie relationnelle et passionnelle de l'homme :
- le désir de conservation de soi (¹ bien commun ; ¹ sociabilité)
- la crainte de la mort (religion)
Þ tendance à perserver dans son être
Concept d'état de nature (chapitre 13)
1) c'est une fiction imaginative de la part de tous les philosophes contractualistes (bien que la découverte de certaines tributs "naturelles" suscite de l'interêt)
2) contre Aristote : l'homme n'est pas un animal politique.
3) les individus y vivent de facon individualiste et associable : c'est une guerre permanente de tous contre tous (homo homini lupus). De cette guerre résulte que rien ne peut être injuste (p 227)
4) les hommes y sont égaux (cf. DDHC art. 1) et ont tous les droits sur tout.
5) Il y a, de la nature humaine même, 4 causes de conflit qui poussent à utiliser la violence : la compétition (qui deviendra dans notre société la concurrence), la défiance et la gloire.
La compétition pour se rendre maître des autres
La défiance pour se défendre
Et la gloire pour son orgueil personnel
La liberté est l'absence d'obstacles extérieurs, c'est l'expression du pouvoir de l'homme (p. 230)
Le désir a un caractère illimité et se situe dans la sphère passionnelle.
La raison est calculatrice (computatio), elle prévoit les rapports de causalités futurs et nomme les choses. Elle construit liguistiquement la nature : conventions. Le langage est l'ensemble des signes déterminés entièrement par les hommes. C'est elle qui permettra la construction d'une personne artificielle (le Leviathan) qui receuillera tous les pouvoirs.
La religion (chapitre 12) est fondé sur la crainte et l'ignorance des causes seconde que l'on impute alors à des esprits immatériels. Les changements dans la religion provient du descrédit des prêtres. Cependant, la croyance en un Dieu unique enraye ce mécaniqme psychologique car il ouvre à la capacité d'interrogation métaphysique de l'homme.
De plus, la crainte qui génère l'interrogation religieuse rend apte à l'obéissance (p. 215) – ce qui est toutefois absolument contraire à ce qu'observait Hobbes de son temps. Cela va être utilisé plus tard pour l'obéissance aux lois civiles.
® la religion, de ce fait, ne se réduit pas à une institution.
De l'analyse anthropologique de Hobbes, on remarque qu'il y a un grave problème d'altérité.
La capacité fabricatrice de l'homme : la raison calculatrice
L'homme peut toutefois sortir de l'état de nature pour accéder à un état de paix ; ce qui le pousse, c'est la peur de la mort, le désir du confortable et l'espoir de l'obtenir par ses activités. Ces passions suscite le calcul de la raison pour arriver à un état de paix (p. 228). Par ce calcul, l'homme devient artisant : il est capable de créer à l'image de Dieu : il créé de l'artificiel, c'est à dire quelquechose qui vient de lui seul à l'intérieur de l'ordre naturel de Dieu. Ce n'est donc pas par nature que l'homme est porté à la société (¹ Aristote). L'homme créé son propre monde.
Cela pose la grave question du statut de la nature créé par Dieu : elle est mauvaise et doit être dépassée par l'homme. Ce qui est positif ou tend à le devenir provient non de la nature mais de l'homme seul.
Les lois naturelles (chapitres 14-15)
Les lois naturelles se distinguent du droit de nature en ce que la loi est "trouvé par la raison" et est restrictive du droit de nature. Le droit de nature est l'expression du désir illimité de l'homme ; la loi de nature en est sa limitation. "la loi et le droit diffèrent comme l'obligation et la liberté"
Les caractéristiques des lois de nature sont qu'elles ne sont pas inventées par l'homme, mais qu'elles sont au cœur même de la raison. Ce sont les postulats éthiques de la future société civile.
Deux propriétés fondamentales :
- son caractère de précepte de la raison
- condition dans la parole puisque conclusion d'un raisonnement calculateur
L'assise des lois politiques est maintenue dans ce fondement en quelque sorte extérieur à l'artificialité puisque les lois naturelles sont ancrées dans la raison.
On remarquera alors en suivant ces définitions, que dans la sphère du politique, plus de lois sous entend moins de liberté.
On remarquera aussi la différence avec St Thomas d'Aquin pour qui c'est le contraire : c'est le droit naturel qui s'enracine dans la loi naturelle en tant que ce dernier est l'ordre établi dans la nature par Dieu Lui-même.
Alors les lois naturelles seront des préceptes pour préserver et ne pas attenter à la vie ; ainsi la première loi de nature est de rechercher la paix par tous les moyens, tout en gardant le droit de pouvoir se défendre par tous les moyens. (cf. 2ères lois naturelles)
le droit naturel devient une protection contre les défaillances de la loi naturelle.
Ce seront ces deux premières lois qui fonderont la fonction primordiale de l'état civil.
Mais un problème naît alors : la loi naturelle ne peut pas garantir son application par tous.
Þ c'est la question du CONTRAT (p. 235)
La notion de réciprocité est fondement du contrat : c'est une égalité de droit et donc un transfert mutuel et permanent des droits de tous à tous : une convention (p. 288)
La sphère conventionnelle génère une personne artificielle qui recevra autorisation et consentementy général pour receuillir tous les droits. Cette personne est le LEVIATHAN.
C'est la théorie de la représentation qui provient de notre autorisation personnelle et générale.
Cession juridique d’un droit : le contrat
- abandon (bénéficiaire indeterminé)
- transfert (bénéficiaire déterminé) Þ - don gratuit (sans contrepartie)
- contrat (contrepartie) Þ - effet immédiat
- effet différé (convention)
à noter :
- le Leviathan est un dieu mortel (fragilité de la politique moderne)
- c'est un tiers, à l'extérieur du peuple
- détient un pouvoir absolu, dé-lié
- provient du peuple ¹ sacralité
- ¹ arbitraire puisque limité par sa fin
- il est de droit, puisque voulu par les individus
- le peuple est auteur, il est acteur (re-présentation)
Les contractants désignent le souverain en lui cédant ses droits et il y a donc absorbation ou incorporation par lui (voir le dessin du Leviathan) ® les individus s'effaçent.
Il ne met pas en cause le droit naturel mais le limite.
Þ distinction espace privé / espace public