
« Tout deux (Thomas et Husserl) considèrent comme la tâche de la philosophie d'élaborer une compréhension du monde la plus universelle et la plus fondée possible. Le point de départ « absolu », Husserl le cherche dans l'immanence de la conscience. Pour saint Thomas, c'est la foi. La phénoménologie se présente comme une science éidétique et veut montrer comment un monde, et éventuellement plusieurs mondes possibles, se constituent pour une conscience grâce à ses fonctions noétiques. Dans ce contexte, « notre » monde serait à comprendre comment l'une de ses possibilités ; elle laisse aux sciences positives le soin d'en investiguer la consistance effective, donc à des sciences dont le présupposé de contenu et de méthode font l'objet des recherches critiques de la philosophie. Pour Thomas il ne s'agit pas de mondes possibles mais de l'image du monde la plus parfaite possible. Il a fallu inclure dans les fondements de cette compréhension ces analyses éidétiques mais également les faits auxquels nous ouvre l'expérience naturelle et la foi. Le point de vue unifiant à partir duquel se déploie toute la problématique philosophique et à laquelle elle renvoie toujours est pour Husserl la conscience transcendantale pure, et pour saint Thomas, Dieu et sa relation aux créatures. »
Edith Stein, Phénoménologie et philosophie chrétienne, p. 55