INTRODUCTION À LA PHÉNOMÉNOLOGIE
EDMUND HUSSERL

« Attachés aux choses mêmes,
mais d’un attachement qui accompagne une constante réclamation des lointains ».
Pierre Oster Soussouev , l’ordre du commencement, P.XII
La phénoménologie se joue entre deux auteurs. Le maître, Husserl et l’assistant, Heidegger, à la manière de Platon et Aristote.
Husserl c’est Kant en pire : lui, ne faisait pas de promenade, pas de sortie… Il invente la philosophie du 20è siècle. Il naît en 1859. Le 19è siècle, rêve d’une science immense et positive. Les Recherches logiques en 1900. Avant, Husserl était un matheux qui a réfléchi sur ce que sont les mathématiques. Husserl, c’est Platon au 20è, recommençant la philosophie à zéro. Les plus grands penseurs du 20ès viendront de lui, à une ou deux exceptions près. Il invente autour de 1900, une école qui va s’appeler la phénoménologie. Le mot est inventé par un certain Lambert en 1764. Ne pas prendre l’apparence pour la réalité. Le mot réapparaît discrètement chez Kant, sauf qu’il en parle comme de l’esthétique. Chez Hegel, l’esprit doit se manifester pour que nous puisions le connaître. Toute vérité, pour ne pas rester abstraction, doit apparaître. La phénoménologie a pour ambition d’aller au concret. Le mot de phénoménologie est présent au 20è S, et il apparaît chez Husserl. Le mot se cristallise à partir de 1907- 1910 de façon husserlienne. Ne pas s’en tenir au fait brut, mais une science qui veut atteindre la vérité, l’essence.
Sans doute que dans l’esprit de ces penseurs, la phénoménologie est concrète qui montre et non interprète. Ne pas rêver autour de l’être : anti-spéculatif, antidogmatique. S’attacher aux donnés. Méthode au service de la fidélité. D’abord les choses, après, les concepts. Le lointain est accessible après tout, et peut être les questions ultimes. De proche en lointain, on finit par aborder tous les sujets. On va du très bas au très haut. Laisser le dernier mot aux choses elles mêmes. Décrire les choses qui nous apparaissent. Décrire fidèlement, ce que nous voyons réellement. Fidèles témoins, même à l’égard de nos propres descriptions. La force même des phénomènes doit nous aider à corriger nos descriptions d’avant.
Pour fonder la logique, s’attacher au vécu de la connaissance. Le phénomène ne se donne que si quelqu’un reçoit, c’est-à-dire, s’il a un vécu. Description des vécus de la conscience : phénoménologie. Elucider les choses par un retour à l’intuition. Les structures des sens, des vécus purs. Comment nous vivons les choses, comment nous les ressentons, voilà la phénoménologie. Le pari de Husserl c’est d’être métaphysiquement neutre. Qu’on soit réaliste ou idéaliste, on vit quelque chose ; et donc, neutralité. Décrire des vécus purs. Il s’agit d’établir une phénoménologie pure du vécu en général. L’expérience ponctuelle que je vis doit être décrite. Comme l’arithmétique traite des nombres. La phénoménologie ne veut pas se contenter de la description naïve des phénomènes. Elle se veut eidétique ; une véritable intuition des essences. Il y a quelque chose de platonicien chez Husserl.
Trois motifs : De la Pureté, du commencement, de la radicalité.
Premier motif, La pureté : Husserl insiste de s’éloigner du positivisme ; simplement décrire ce qui apparaît. Husserl dira après, que les vrais positivistes, c’est nous. Différence entre vécu et vécu pur. « Le début, c’est l’expérience pure et pour ainsi dire muette encore qu’il s’agit d’amener à l’expression pure de son propre sens » (Méditations cartésiennes, 1919, §16 ; trad. Lévinas-Peiffer, p.33). Ici, le langage vient en second. D’abord l’expérience, et après, l’explication ; l’expérience première étant muette avant les mots.
Le parti pris des choses, selon les ressources propres de chaque phénomène. Le discours est adapté à chaque phénomène en ce qu’il a de singulier. Expérience muette et singulière à chaque fois. Il ya une façon pour un être physique de nous apparaître, à un être vivant de nous apparaître. La science dépend de l’expérience première comme la géographie à l’égard du paysage. Le discours du géographe n’a de sens que parti de l’expérience muette. En étant dans le factuel, on n’est pas dans la philosophie. Le vécu de Husserl n’est pas le factice. La phénoménologie va modifier le sens courant du mot phénomène. Qu’est-ce qu’un phénomène au fait ?
2ème motif : le commencement. Le début, c’est l’expérience pure. A partir du vécu, retourner à l’essentiel, c’est retourner à l’originaire. D’où l’idée husserlienne de philosophie première. La philosophie première, c’est la philosophie du premier jour. Ici, il s’agit du sens littéral et non aristotélicienne. Il s’agit d’explorer « le sol originaire ultime qui recèle toutes les origines de l’être et de la vérité ». Il croit l’humilité du commençant. Avant, il n’y avait rien. Etre ce commencement, tel est le fondement de la phénoménologie. Revenir au commencement pour fonder toute science à venir.
Otto : notre temps n’a pas de véritable désir que d’aller à l’origine des choses. Mon idéal est d’être un commençant. Conscient de chercher le commencement.
Troisième motif, la radicalité : c’est une science qui reprend tout à la racine. C’était le projet cartésien. Husserl n’a pas une grande culture philosophique. Il est proche de Platon parce que c’est comme le premier ; proche de Kant par le style la rigueur, le scrupule. Il s’est revendiqué de Descartes. En voulant se donner un prédécesseur il va chercher un cartésien. Faire de la philosophie, une science. Faire de la mathématique universelle pour fonder toutes les sciences. C’est un projet radical où est chassé tout relativisme ; atteindre un absolu en chassant tout scepticisme. Combat contre la naïveté. Tout cela culmine dans l’opuscule de 1911. Ici, il dit que la condition pour qu’il y ait la philosophie, c’est la rigueur. La volonté de science nous invite à cette rigueur. Aucune autre autorité, que ce qui nous est donné. C’est la science rigoureuse qui va nous sauver de la détresse du temps ; il voulait parler du nihilisme.
Le tout se résume dans cette maxime : Droit aux choses elles-mêmes ; Zu den sachen selbst. La maxime se retrouve dans les Recherches logiques 1900-1901.
L’article de 1911. L’impulsion vient des choses elles-mêmes. Pour Husserl, pas de différence entre retour aux choses mêmes et retour à l’intuition d’aller vers les choses. Il n’y a pas une chose privilégiée. C’est un tournant vers le réel, le concret.
Tout dépend de la méthode, de ce qui peut s'articuler selon la maxime phénoménologique : Droit aux choses elles-mêmes. Quel regard avoir pour les aborder ou les laisser paraître ? Il s’agit avec la méthode, d’un changement d’attitude. Quitter l’attitude naïve, que Husserl appelle naturelle, en vue de commencer ou recommencer la science rigoureuse. En 1907, il fait précéder ses cours de simples sons. La possibilité de la connaissance devient partout une énigme. Accepter les choses telles qu’elles nous apparaissent est une attitude de naïveté. Le mot objectif c’est le piège en philosophie. Nous sommes menacés par les multiples formes de scepticisme. Les sciences manquent d’unité. Comment un morceau de savoir compose la science ? Nous avons perdu la foi dans la science. Ne pas se contenter des sciences déjà constituées. Comment les sciences se constituent ? C’est ce à quoi il faut revenir. Il faut posséder la méthode.
La phénoménologie est une science mais avant tout une méthode et une attitude de pensée. Mieux vaut ne pas savoir, que de savoir sans méthode. Husserl a écrit une philosophie de l’arithmétique. Les sciences existent déjà, mais attendent un fondement qui soit absolu. La mathesis universalis a besoin d’une méthode. On peut être sensible à deux choses : inflation de la méthode, et piétinement par Husserl. Husserl a rêvé d’écrire « le livre ». C’est paradoxal pour celui qui veut aller droit aux choses mêmes qui écrit des milliers de pages sans aller aux choses mêmes. C’est le réel d’une science qui n’a pas de limite. La phénoménologie selon Husserl ne s’arrêtera pas devant les questions de la métaphysique. Lire §52 des Méditations cartésiennes. Il tient à inventer des méthodes pour résoudre des problèmes à la base. La phénoménologie est une méthode qui nous permet d’aborder toutes les choses. Il dit, je vais inventer un chemin athée vers Dieu. Il s’appuie sur la foi en la science. L’idéal des sciences c’est d’effacer les noms propres. Pour Husserl, il s’agit de discuter les choses. Si la philosophie n’est pas une science, elle est une vision du monde.
La phénoménologie est d’abord descriptive et non interprétative. Comment les choses se montrent-elles à nous de manière spécifique.
Trois grandes questions:
Quoi ? Qu’est-ce que…
Qui ? Question nietzschéenne par excellence
Comment ? Comment les choses se donnent-elle à nous ?
S’il ya une quatrième question, ce sera le pourquoi ?
Dans le comment, c’est l’apparaître qui est en jeu. Nous avons des objets dans le comment. Comment le temps se donne-t-il à nous ?
Les deux façons d’aborder un sujet. De façon naïve et de façon réflexive. Chaque phénomène nouveau apparaît de façon unique. Il faut reprendre à nouveau frais ; repartir de nouveau. Chaque domaine est propre et demande un exercice propre du regard.
Le mode de départ de la vie et de la matière n’est pas le même : Michel Henry.
La fidélité aux phénomènes, l’ouverture totale. Pas de phénomène privilégié jusqu’à présent ; la possibilité d’accéder à l’essence. S’il ya une manière propre aux choses d’apparaître, il ya une manière propre à nous de les recevoir. La phénoménalité est multiple. Idées de Phénoménologie, P.29. Même ce qui est non-existant m’est donné d’une certaine façon. Ne pas réduire la phénoménalité à un mode qui soit exclusif des autres. Le nombre se donne, même si nous ne l’avons pas comme tel. La phénoménologie pour Husserl est neutre. Elle est métaphysique, mais autrement. Elle n’a pas affaire à une réalité absolue, mais des phénomènes qui se donnent à moi. Elle décrit des réalités pour moi. Derrière la manifestation, on n’a rien à savoir. On ne peut parler que de ce qu’on peut décrire. Droit au vécu et rien d’autre. Elle n’a pas affaire à un sujet en soi qui décrit. Le vécu est de prendre conscience de ce qui arrive dans son comment. La phénoménologie a affaire à la modalité du rapport sujet-objet.
CHAPITRE I : La méthode husserlienne
§1 La percée de l’intentionnalité
Le principe de l’intentionnalité : les choses sont là. Le fil d’Ariane de toute l’œuvre de Husserl est là.
La première percée de la phénoménologie est la corrélation, le rapport de l’objet et du mode d’apparaître. Pour le sujet, cette action est le cogito dans le cogitatum. Le « que » est constitué à partir du « comment ». Qu’est-ce que c’est que ? Cette réciprocité, Husserl lui donne le nom de l’intention. Il n’y a de conscience que parce qu’elle est vers un objet. La percée se fait avec l’intention ou l’intentionnalité. C’est donc un mot ou une formalité. Toute conscience est conscience de quelque chose. C’est cela qui définit la conscience. Il n’y a d’apparaître que dans l’apparaître à. Le rapport a lieu d’un sujet à un objet. C’est ce rapport qui est premier. La conscience n’existe pas en dehors du rapport, et le phénomène n’existe pas en dehors du rapport. L’impulsion vient des problèmes. Le rapport est premier. Il s’agit du combat de la pensée contre son propre langage. On en est à un naturalisme : les choses existent en dehors de l’apparaître ; deuxième chose la description de la conscience. La vue commence au dehors. Husserl a appris de Franz Brentano (prof de philo de Freud). C’est Brentano qui parle de l’intentionnalité avec toute conscience qui est conscience de quelque chose. Aristote a déjà parlé de l’in-habitation psychique. L’objet pensé est dans l’intellect qui pense. In-existence de la chose ; la chose existe dans. Personne n’avait construit une philosophie tout entière à partir de ce principe avant Brentano. Décrire les modalités de l’intentionnalité. Bien sûr que la grande référence reste Aristote : l’âme est en quelque façon tous les étants. Dans L 9, le dieu est la pensée de la pensée. L’intentionnalité, c’est la conscience elle-même ; ce n’est pas une visée du sujet. Le mot vise tout de quelque chose, et la signification du mot ne fait qu’un qu’avec la chose dont il est le mot
Intentionnalité : toute conscience est conscience de quelque chose. La conscience est d’emblée dehors. Il ya des objets intentionnels qui existent dans la conscience. C’est le point de départ de Husserl. La formule vaut pour tous les modes de conscience. La percée s’est faite à partir du vécu réel chez Husserl. Pas de compréhension restreinte. Ce sont des questions logiques ; des vécus logiques ; puis, l’objet privilégié qu’il va donner, c’est la perception. Deux dates : 1900 ne pas prendre le vécu dans un sens naïf. 1913 : la perception ; toute perception porte sur quelque chose en dehors de moi. En phénoménologie, on décrit les choses, et le tout dépend de l’exemple qu’on choisit. Il déploie la formule pour en faire voir toute la fécondité.
Le deuxième principe est le principe des principes. L’intentionnalité peut être lue dans les deux sens : ouverture de la conscience à quelque chose. 2èmt , les choses dont nous parlons ne nous sont pas étrangères. Il y a visée, et il ya phénomène. Le phénomène et le vécu sont le recto verso. Il ya une présence des deux côtés. Il n’ya qu’une seule chose présente de deux manières. L’objet est présent intentionnellement à la conscience, et je suis aussi présent à l’objet. Les deux présences font un.
Le premier principe, c’est la percée. Lire Ideen I §24 Principe des principes.
L’énoncé des principes :
Premier motif : la présence : amener tout phénomène jusqu’à la présence absolue.
Deuxième motif : l’idée de l’origine ; il est question d’une intuition originelle, et d’une donation originelle. Après, il y aura une intuition dérivée lorsqu’on s’éloigne.
Troisièmement : lorsqu’on a une pleine intuition, personne ne va contre. Quand on est face aux choses, c’est incontestable. Ce qui est difficile, c’est le milieu des deux. Il ya donc égalité entre intuition et donation ; c’est cette égalité qui est le point le plus problématique. Comment tenir à égalité les deux mouvements, ou le cercle ? Comment tenir le moment où l’un des deux l’emporte sur l’autre. Est-elle possible une apparence sans aucun recouvrement. Le phénomène est ce qui se donne, le logis, ce qui voit. L’absolue nécessité pour Husserl, c’est l’apodicticité. On ne quitte une évidence que pour une autre plus forte.
La méthode phénoménologique se met donc en place en trois temps : toute conscience est conscience de quelque chose ; Un privilège des rapports ;…
Accéder à la radicalité de l’évidence elle-même, c’est échapper à la naïveté. Les choses se donnent totalement à moi dans la perception. La chose perçue c’est ce que je regarde, et je ne peux contester qu’elle soit là. La chose perçue, c’est la chose elle même dans son être présent. Pas d’autre côté des choses. Si on voit l’autre côté, on est dans l’interprétation. Il faut être perdu dans la philosophie pour ne pas voir les choses telles qu’elles se présentent.
Remarque: ceci doit être étendu à tous les phénomènes ; il y a les objets, mais aussi les essences. Le principe des principes est une nouvelle formulation du principe de l’intentionnalité. Ce principe devient nouvelle manière de décrire les phénomènes. C’est la manière dont notre conscience saisit la chose. A tout objet, il doit y avoir un moment où cet objet nous est donné. C’est ce moment qui sert de source pour toute connaissance. « A chaque mode fondamental de l’objectivité correspond un mode fondamental de l’évidence ». Comment se donne un objet mathématique ou un objet physique ? N’empêche que la méthode est universelle.
Avoir le véritable « savoir » c’est avoir le « voir ». Se servir de nos yeux, et ne rien accepter d’autre. Pas d’autre justification que cette justification là. Le voir est antérieur à tout logos. Ce n’est pas parce que nous avons un langage que nous voyons. C’est la vision qui nous donne pleinement le savoir. On ne peut chercher à fonder ce qui est le fondement utile, c’est-à-dire le « voir ». Ideen I,§1
2èm élément : la donation est en chair et en os. La chose se donne elle-même ; auto-donation. Husserl emploi ce mot « en chair et en os » en 1907. Ce n’est pas une simple métaphore. La philosophie est une affaire concrète. Les êtres mathématiques se donnent à nous dans une démonstration. L’essence de l’objet est présente toute entière. Le mot de « chair » deviendra un fil directeur de Merleau Ponty. La chair, c’est l’élément commun à intuition et donation. Le principe des principes, c’est présence contre présence. Il n’ya pas de rencontre seul ; il faut un phénomène. Et dans la présence, il ya un point d’équilibre. Si je ne touche pas, je vois. Le seul rêve de la philosophie c’est de voir les choses. Husserl se propose tous les modes d’objectivité. L’intuition de Kant, est une intuition qui reçoit, alors que l’intuition de Husserl est une intuition qui donne. Le voir, la donation ; et le travail de la phénoménologie qui amène au principe des principes est la constitution : travail de l’intuition qui amène à voir, et qui amène l’objet à se donner. C’est un travail descriptif ; décrire le sens qu’ils ont pour notre conscience. Peut-être que la question de la phénoménologie est une question de vérité. Mais la question de Husserl est une question de sens. La donation de sens, c’est le résultat de ma visée. L’intuition est réceptrice. Ce qui s’ajoute à la réalité du phénomène, c’est le sens. C’est la constitution qui devient le problème central de la phénoménologie. Les choses se donnent et nous les constituons. Ideen 1, §59. Les objets sont présents dans la conscience et la conscience constitue en elle les objets. Toute l’existence est constituée dans ma subjectivité
C’est le phénomène qui a raison contre nous.
Le programme
La méthode : c’est ici où tout se joue. En trois mot : l’intentionnalité ; la conscience. Noèse-noème : le perçu en tant que perçu en tant que jugé. Le rêve de totale présence. Là où les choses sont, là je suis. Il y un paradis phénoménologique. [Chez Husserl et ses successeurs phénoménologues, la « noèse » est l’acte même de la pensée, et le « noème » est l’objet intentionnel de la pensée, qui n’est pas à proprement parler une chose ou un aspect d’une chose. Le « noétique » concerne donc la noèse, et le « noématique » concerne le noème.)
Quand on est dans ce cadre, on décrit l’expérience ; et cela devient la constitution. C’est le travail du phénoménologue qui se rapporte au principe des principes. Dans ce principe il ya l’activité de la conscience qui donne et qui reçoit. Le mot de constitution dans un sens faible ou fort. Premier sens employé par Husserl au début. L’acte, c’est ce qui rend l’objet présent ; laisser venir les choses. L’explication maximale de la constitution : le sens même du mot. C’est la conscience qui fait le phénomène. Dans les années 30, Husserl est parti ; et Fink va jusqu’au bout de la création. Le véritable sens de la constitution est construire sans être maître. C’est une constitution du sens. Donner du sens aux choses. Activité et passivité. Le moment de rendre présent ou le moment de construire. Mettre l’accent sur l’un ou l’autre.
La phénoménologie est aussi constitutive et non seulement descriptive.
La phénoménologie n’est elle-même qu’au contact des phénomènes.
3èmt principe : la réduction : c’est « le » mot husserlien. Revenir à la première présence et rien que ça. Cela suppose un travail ; cela nécessite un changement d’attitude. Là on est en présence de la chose telle qu’elle se donne, sans rien ajouter d’autre. Le mot réduire ne doit plus être pris péjorativement ; c’est retourner à l’essentiel ; c’est reconduire à.
L’adjectif : on laisse tomber tout et on revient à l’essence
Réduction transcendantal qui est un retour au sujet, du fait que c’est le sujet qui constitue son objet. En 1905 est thématisé pour la première fois la réduction : c’est à travers la réduction que j’atteins la transcendance absolue. Ce n’est que la suite logique du principe des principes. Ce qui est en dehors est transcendant. Les trois méthodes s’enchainent naturellement. Ce qui est réduit à zéro, c’est la transcendance. L’absolu est immanent dans la conscience, et la réduction en est la voie royale. Husserl dit, la phénoménologie, c’est la réduction ; c’est l’acte fondateur. La seule source de savoir absolu, c’est ce qui est donné, dans les limites où il m’est donné. Husserl a produit des milliers de pages pour décrire la réduction.
Remise à zéro ; libération ; quelques changements d’attitudes.
Remise à zéro : le principe est acquis dès les recherches logiques de 1900. Principe d’absence de toute présupposition. Pas d’a priori ; pas de discours avant. Une deuxième formulation : la mise entre parenthèse. On ne tient pas compte de ce qui est dans la parenthèse ; on travaille comme si la chose entre parenthèse n’est pas. On ne la considère pas. Nous sommes focalisés sur autre chose. Et la formule, c’est la réduction. 4è formule : épokè : suspension de tout jugement, de toute croyance en l’existence des choses. Le « res » existe mais nous suspendons toute attitude à l’égard du « res ». Suspendre toute croyance.
Trois autres commencements qui se rapprochent de celui de Husserl :
D’abord, l’étonnement chez Platon et Aristote ;
Ensuite le doute cartésien : Tout remettre à zéro, chemin vers la réduction. Bien sûr que le doute de Descartes est provisoire. Pour Husserl, cela commence et continue ensuite. On s’y installe à jamais. Husserl cherche la constitution qui cherche le sens des phénomènes.
L’œuvre d’art, c’est l’oubli du monde autour. Les poètes sont détachés du voir naïf
L’aspect positif de la réduction : tout vécu peut devenir objet d’une vue pure ; c’est–à-dire qui a accompli la révélation. C’est l’envers d’un combat avec l’attitude naturel. Livré accès au pure apparaître sans aucune interprétation. Les phénomènes de la réduction sont irréels. La constitution est comme le verso de la réduction. Montrer les actes de conscience qui donnent sens aux phénomènes. C’est le côté libération de la réduction. Quand nous sommes devant le visible, nous oublions l’acte de voir. Il faut réduire le visible à zéro, pour revenir à l’activité de voir. Suspendre la thèse du monde pour revenir aux actes de la conscience, mais conscience intentionnelle.
Changement d’attitude : nous le faisons, chaque fois que nous réfléchissons en philosophe. Depuis Platon, la philosophie s’est voulue un changement. Husserl donne le nom de conversion à cette attitude. C’est un long combat qui n’est presque jamais totalement gagné ; puisque l’attitude naturelle revient naturellement. Plus nous avançons dans la méthode, plus le premier moment recule. Celui qui a travaillé l’intentionnalité chez Husserl, c’est Levinas en 1931. Le plus proche, c’est Merleau Ponty.
L’hypothèse de l’anéantissement du monde : il en était question dans le Théétète de Platon, dans Les Méditations de Descartes ; dans le cinabre de Kant et chez Husserl. Nul être n’est nécessaire pour la conscience même. Ce qu’on libère, c’est l’être absolu, et c’est la conscience. On est dans une fiction qui prépare la réduction. L’être de la conscience n’a besoin d’aucun autre être à l’extérieur pour exister. La fiction est l’élément vital de la phénoménologie. Ceci révèle la conscience et ses flux. Le monde n’est certes pas perdu ; il n’est plus mais la subjectivité transcendantale fait revoir le monde de son côté. Husserl parle de la conscience absolue comme résidu. On vient ici à gagner la totalité du monde qui est absolu ; la subjectivité. On a perdu le monde, mais le monde se constitue en nous. C’est la subjectivité transcendantale. C’est le royaume des origines absolues. Je ne pose pas l’existence de Dieu comme une hypothèse transcendante. Nous construisons une philosophie universelle à partir de la réduction qui porte sur notre personne. Husserl dit qu’il reste tout de même attaché au fait.
La commune présence de la conscience et des faits. Pour obtenir cette présence, il faut commencer par se détacher.
La réduction est inaugurale. La possibilité de donner un sens à tout le réel. Elle devient l’essentiel de la phénoménologie selon Husserl. Il faut donc revenir à la réduction. 4 problèmes propres à Husserl : l’idéalisme ; la motivation de la réduction ; la problématisation de la donation ; la problématisation de ma constitution.
Dans l’idéalisme, le monde se constitue dans la conscience ; il n’ya d’être que dans une subjectivité transcendantal. S’agit-il d’un tournant ? Cette thèse a été refusée par la plupart des phénoménologues. Cette neutralité a conduit nombre de philosophes au réalisme. Pour beaucoup, l’idéalisme c’est un tournant qu’ils refusent : Heidegger ; Scheller ; Edith Sein. La réduction est refusée. §55 des Ideens I : toutes les unités réelles sont des unités de sens ; §41 des Méditations cartésiennes : Husserl donne à sa pensée le nom de idéalisme transcendantal. Mais donnant un sens nouveau. Il refuse la chose en soi. Cet idéalisme est l’explicitation de mon ego ; on décrit la conscience. L’explicitation des sens de tout type d’être ; plus spécialement le sens de la transcendance que le monde me donne : la culture, la nature. La subjectivité transcendantale … Pas de réalité absolue en dehors de notre pouvoir de constituer. La réalité absolue, c’est mon ego. L’histoire de la phénoménologie est une longue suite de tournant. Après ce tournant idéaliste, il ya la volonté d’être concret et de décrire les choses elles-mêmes. Le pari de Husserl c’est à la fois de se tourner simplement vers la conscience et aussi mener à bien toutes les descriptions concrètes de tous les objets. La pensée de Husserl chemine en permanence.
2è problème : le motif de la réduction : c’est une véritable conversion ; il faut l’infini d’une vie pour y arriver. Le problème du commencement de la philosophie a toujours été redoutable. Fink décrit la difficulté dans la 6è méditation de Descartes. On n’acquiert pas dans l’attitude naturelle, la constitution. On l’acquiert seulement dans un saut qui est comme un acte de foi et on se demande ce qui peut la justifier. Il ya difficulté à pratiquer ce saut. Et Husserl a inventé une pluralité de « chemins ». S’il ya des chemins, c’est qu’il y a des difficultés. On n’arrive jamais à s’installer définitivement dans la réduction. Pour Husserl, le chemin le plus court, c’est celui de Descartes.
3èmt, le problème de la donation : qu’est-ce qui nous est donné ? Il nous est donné plus qu’un phénomène. Dans la 6è Recherche logique : l’intuition est d’abord sensible ; je vois un objet empirique ; en même temps cela porte sur une essence. Je vois l’homme et l’humanité en lui comme en lui. Husserl dit voir aussi les catégories dans le sensible ; et Husserl parle de l’être. C’est la donation en excès. Nous remplissons de signification la forme de la proposition, la copule. Quand un phénomène nous est donné, qu’est-ce qui vient toujours en plus ? Quand c’est donné, pourrons-nous totalement le recevoir ? Nous ne voyons parfois qu’une partie, une apparence, un aspect. Il y a cependant une infinité d’esquisses. Je suis renvoyé à un travail à la limite infini. Une description par définition est inachevable. Les choses me sont données à l’infini. C’est le recule de l’origine. Ce recule est défini à propos de la perception. C’est la somme des esquisses qui fait la chose. §57 des Ideens I : la transcendance dans l’immanence. On met en circuit le monde. Ce qui reste, c’est une transcendance originale. Tout objet est dans une opération de la conscience, mais en même temps transcendant. La conscience n’a pas à sortir d’elle-même pour saisir une transcendance. L’extériorité se constitue en moi comme transcendance. Toute transcendance se constitue dans un ego transcendantal. La première transcendance dans l’immanence, c’est le moi pur. S’il ya une transcendance de Dieu, elle se constituera en moi. Cette formule peut servir de fil conducteur pour lire tous les phénomènes post-husserliens. Qu’est-ce qui m’est pleinement donné dans l’infini ? A quoi puis-je m’ouvrir ?
La constitution : nous pouvons de droit tout constituer. Pour tout type d’objet, il ya une donation en chair et en os. Peut-on constituer l’expérience de la mort en chair et en os ? De droit, Dieu peut être constitué en moi ; mais Dieu par définition n’est-il pas plus grand que tout ce qui peut être constitué ? Ce programme ne se heurte-il pas à des limites ? Lévinas dira qu’autrui n’est pas constituable ; il m’échappe par définition. La grandeur de Husserl c’est d’avoir vu ses limites pour dire qu’après tout il ya de l’inconstituable. La subjectivité transcendantale n’est pas l’auteur ultime des choses du monde. Dans la vie de notre conscience, il y aune part de passivité. Les synthèses passives laissent venir à soi les phénomènes ; le commerce avec les choses avant toute synthèse de notre part. La conscience constituante n’est pas …absolue. Il y a un retard de l’intuition donatrice sur la donation première. Husserl a rêvé la constitution transcendantale de mon ego.
Le temps ; autrui ; le monde de la vie, donnent une limite
CHAPITRE II
Les premiers champs d’étude
Il s’agit de la confrontation de la méthode avec certains phénomènes
1er phénomène : le temps. Husserl y a consacré beaucoup d’écrits. Toute intentionnalité est temporelle. L’ego transcendantal est lié au temps. Husserl a toujours considéré ces moments comme les plus importants. Tous les phénomènes s’inscrivent dans un seul flux de vécu. La source radicale est ce qui se constitue de lui-même. Il faut descendre dans les profondeurs obscures de l’ultime conscience.
Distinguer le temps de la conscience du temps vécu. Pour faire cette distinction, nous avons besoin de la réduction. Radicaliser le temps psychologique. Tout phénomène est donné dans un comment. Il ya un moment d’apparaître, de durer ou de changer incessamment. L’objet qui arrive, qui nous impressionne, qui dure, qui s’évanouit. Le présent est aussi bien l’instant ponctuel là, ou une certaine durée. Ou bien c’est quelque chose qui se présente à moi en tant que passé, évanouie. Ce qui imprime en moi quelque chose, ce qui vient d’avoir lieu, présent élargi, et puis représentation. Toute conscience est essentiellement un flux. On va dire ce qui est retenu : impression et rétention : tel est le présent élargi. Une façon d’être tourné vers ce qui n’est pas encore présent : la protention. C’est tout cela qui constitue le flux. Pas d’instantanéité de la conscience, mais il ya ce tout qui se déplace en permanence. Ceci accompagne toute activité de conscience. Exemple : la phrase musicale ; la mélodie. La seule extension de la musique c’est le temps. La mélodie se réduit à cet écoulement de temps. La musique est sans matière ; elle réalise le suspend du monde, la réduction. Abandon de l’attitude naturelle. La phrase musicale se trouve en moi et non en dehors de moi. La musique est dans ce que j’entends. C’est le plus proche du temps pur. La protention est une sorte d’intentionnalité. La musique se constitue comme une catastrophe permanente du son qui disparaît. La musique est quelque chose qui se construit, malgré le passage du temps. C’est l’exemple musical qui montre vraiment ce qu’est une constitution. C’est une constitution qui suppose un travail de ma part. L’activité de l’auditeur est une véritable activité ; il entend et donne en même temps du sens.
Au plus intime de la conscience, il y a le temps. Ce qui vient de s’écouler est encore présent. C’est le présent de ma conscience. Toute conscience est conscience de quelque chose, c’est la conscience là en présence de quelque chose. Tout doit se constituer dans le flux du temps. L’exemple privilégié de Husserl, c’est la perception. Il faut un flux de conscience. L’objet se constitue dans le temps, mais la conscience aussi. Il s’agit de l’objet et du sujet. Il y aura donc deux intentionnalités : intentionnalité transversale selon Husserl : l’objet se donne à moi dans le présent. Ma conscience se constitue aussi dans son unité ; dans cette vision de moi-même. Dans une seconde intentionnalité appelée longitudinale : lie tous les vécus ensemble, pour qu’ils soient mon vécu. Il faut les deux synthèses temporaires. Viser l’objet, et se viser soi-même dans son unité. Il ya un seul flux de conscience en moi et dans l’objet. Dualité ; donc problème.
En premier, Concernant la l’intentionnalité transversale : c’est la rétention qui rend tout possible. Il ya forcément un écoulement dont nous ne pouvons nous passer. Il n’y a plus une simple coïncidence. On ne peut plus nier que l’objet s’éloigne. Il ya une distance qui a commencé à se creuser. Le présent s’écarte. Cette séparation du présent fait que la conscience n’est pas immobile mais vivante. Il y a vie de la conscience, parce qu’il y a rétention. D’où la formule : la conscience est toujours en retard. Il n’y a jamais complet coïncidence. De la simultanéité du perçu et de celui qui perçoit. Il y a plutôt déissance.
4 points de vue. 1. L’attitude naturelle ; 2. L’attitude phénoménologique : il n’y a d’intention que là où il ya un minimum d’écoulement. La donation et l’intention supposent un écoulement minimal. Pour Husserl, le présent est toujours né du passé. La perception est toujours en retard sur le perçu. ; 3.
Perception longitudinale : l’autoconstitution est la condition pour penser le temps. La conscience qui se saisit soi même. (Lire le paragraphe 36 de Husserl : Photocopie). Nous voulons décrire la subjectivité absolue, mais nous ne le pouvons pas. Nous le ferons à partir du temps constitué. D’où cette remarque : la seule façon que nous avons de parler se présente métaphoriquement. S’il ya métaphore, c’est la phénoménologie elle même qui ne remplit pas sa fonction ; mais nous y sommes réduits. Le pur jaillissement du présent : soit une métaphore ne nous convainc pas, soit c’est une concentration totale. Husserl parle de génération spontanée : une explication qui n’en est pas une ; il n’y a pas d’explication. Enigme de ce qui de soi même a surgi : Dieu ; la liberté (l’inexplicable par excellence). L’archi impression qui se constitue de façon spontanée ; et pour cela, les mots nous manquent. Les vécus qui constituent le temps, sont eux-mêmes dans le temps. La conscience n’arrive pas à être contemporaine de son propre surgissement. La naissance est pareille : je ne suis jamais contemporain de ma propre naissance.
Le §39 : Quelque chose d’aussi paradoxale : la conscience constitue sa propre unité. L’absurdité totale, c’est notre vie qui commence sans cesse. Il s’agit de la subjectivité absolue qui ne peut dire elle-même. Point culminant de la pensée de Husserl.
Méditations cartésiennes : 1929, année où Husserl vient en France ; il fit une conférence qu’il publie sous ce titre de Méditations cartésiennes, en hommage à Descartes. La phénoménologie est la secrète aspiration de toute la philosophie moderne. La grande affaire de la philosophie c’est la subjectivité, et le passage par Descartes est incontournable. Husserl a plutôt écrit sur le rêve cartésien. Le doute : l’épochè husserlienne n’est pas le doute. Descartes voulait atteindre la certitude et non d’atteindre les phénomènes. Husserl avait besoin de la réduction pour atteindre la constitution.
Le cogito : Descartes découvre le cogito et le rate. Il n’est pas allé jusqu’au bout de sa propre découverte selon Husserl. Il fait du cogito une « res », une chose dans le monde. La découverte transcendantale est très vite devenue une mondaine.
Descartes finit par faire un recours à Dieu. Pas Husserl. En 1929, la question d’autrui apparaît, même si cette question l’habitait depuis. Est-ce que nous percevons les phénomènes de la même manière ? L’intersubjectivité. Ce sont tous nos égos qui constituent les objets de la même manière. Ce qui apparaît à ma subjectivité, doit apparaître à d’autres subjectivités. Il faut pouvoir synthétiser nos perspectives, nos connaissances ; c’est cela la science. Il faut l’intersubjectivité pour constituer les objets. Husserl est le philosophe qui est allé le plus loin d’une recherche collective. Ceci pose un problème sur la convergence de nos consciences. Ces Méditations cartésiennes, culminent dans la cinquième, consacrée à autrui. C’est un enjeu essentiel pour la phénoménologie. Le programme de Husserl est comme une réduction à l’intersubjectivité. Il faut arriver à constituer le phénomène d’autrui. Que je puisse tenir un discours sur l’autre conscience, et ce que nous avons en commun.
L’objection du solipsisme.
La possibilité de droit de constituer tous les phénomènes. Nous pouvons aussi constituer Dieu dans notre conscience. Si l’autre est constitué, ce n’est pas simplement un fait contingent. Passage de l’ego qui est le mien, et l’ego en général. S’il ya une recherche eidétique, elle vaut pour tous les « moi » possibles. Autrui est un phénomène comme tous les autres. La réduction à l’intersubjectivité est nécessaire pour le programme phénoménologique. Il faut une intersubjectivité transcendantale. Avec l’intersubjectivité de fait, on est dans le naturel. Il y a une communauté de monade dans laquelle tous les « moi » se retrouvent comme des hommes. Il ya un véritable « nous » transcendantale. Husserl veut obtenir une monadologie Leibnizienne.
Je ne peux m’appuyer sur ce que je vois. L’auto-donation est uniquement valable pour moi. Il faut comprendre comment mon égo transcendantal peut constituer en soi les autres égos. Autrui ne m’est jamais donné de façon primitive. La façon très simple dont les philosophes se donnent autrui, c’est le langage. Mais aucune expression dans le langage ne livre la chose comme telle. L’autre égo a une transcendance qui lui est propre.
Husserl fait à un moment donné, la différence entre l’aporie du temps et l’aporie d’autrui. Je ne vois jamais l’originalité d’autrui, sinon autrui serait moi. P. 98 des Méditations cartésiennes.
L’alter égo est un phénomène original qui se donne de manière originale. Nous nous donnons à l’autre comme phénomène différent et semblable. Il y a une manière pour moi de me constituer en propre.
Ampathie ; intropathie ; einfühlung : voir l’altérité de l’autre, sa transcendance et la possibilité de me mettre à sa place. Décrire les phénomènes selon leur comment.
Le principe des principes voudrait que l’objet se donne totalement. Mais comment connaître autrui en chair et en os. Pour se faire, il faut entrer dans son propre vécu de conscience. Autrui est celui qui ne se présente pas en personne ; seulement par voie d’analogie. Et l’analogie est forcément une voie oblique. Il faut un détour ou même un éloignement. Autrui se présente seulement dans son corps et non en chair et en os. Je n’ai de rapport qu’à l’extériorité d’un corps. Je connais autrui comme il m’est semblable. Il se donne comme moi, ou avec moi. Là, Husserl invente le terme de l’accouplement : de l’ego et de l’alter ego. Il ne peut y avoir d’aperception que par analogie. L’accouplement est décrit comme une forme primitive. C’est une forme originaire de synthèse passive. Le temps c’est le présent ponctuel et la rétention. Mon vécu et celui de l’alter ego forment une ressemblance ; une unité où l’un ne va pas sans l’autre. § 52 où se trouve le mot « entrelacs ». Le coulage entre l’ici et là-bas. Je me transporte en l’autre corps comme s’il était ma chair. La fiction est l’élément vital de la phénoménologie (Ideen § 70). Il faut varier ce qui m’est donné pour avoir ce qui est essentiel. L’élargissement de l’expérience c’est ce que Husserl appelle fiction. On en a besoin pour sortir de l’ego, et vivre l’autre ego. D’où l’Einfühlung, l’analogie, l’accouplement.
Il ya un autre mode de la donation ; pas de présence pure, mais une coprésence ou une apprésentation. §50. Elle affronte le phénomène là où la méthode canonique ne peut plus s’appliquer. Confronté au phénomène, c’est le phénomène qui a raison, qui a le dernier mot.
L’apprésentation : c’est de cette façon que nous avons accès à l’autre.
La réduction n’est jamais la réduction à l’ego. Husserl pense la réduction aux egos. L’autre conscience est aussi source de constitution ; un foyer de signification. Autrui comme chair, et autrui comme corps. §55 : L’organisme corporel d’autrui, est l’objet premier en soi. Le premier objet que ma conscience rencontre, c’est l’autre.
Sa phénoménologie se présente comme une explicitation de l’ego. Expliciter ce qui m’appartient en propre ; afin de comprendre que dans le propre, le non-propre a son sens. Il ya le mien et le non-mien. Je retrouve en moi le moi et le non-moi. Husserl retourne le risque de solipsisme.
La Krisis :
1- Le temps ; 2- l’alter ego ; 3- l’histoire
Paris, 1929 ; Vienne 1939 : conférence : « La crise de l’humanité européenne ». Il se veut comme philosophe, le tenant d’une philosophie comme science rigoureuse. Il peut y avoir des étonnements, pour trois motifs: 1- le passage de la science au pathos ; ce qui est abandonné, c’est le ton de la science. La philosophie comme science rigoureuse, vieux rêve et fini. Qui croit encore à la science comme telle ? Ce qui prend la place, c’est le motif de la crise et du combat. S’il ya un pathos pour ce combat, c’est celui de la responsabilité. Le combat se présente comme un combat spirituel, mais est aussi brutal. 2- le passage de la science intemporelle, à la méditation historique. L’histoire de la philosophie est mise entre parenthèse en 1911. Il y avait le coup d’envoi grec : conférence de vienne. Ce sont les grecs qui ont réalisé en premier la coupure de la philosophie. C’est cette coupure qui annonce l’épochè ; et le recommencement moderne est à partir de Descartes, à partir du cogito. Toute la philosophie moderne réagira ensuite à ce que fera la phénoménologie. Il ya une humanité de fait, et une humanité rationnelle. 3- le passage de la science à une naïveté renouvelée. La terre originaire ne tourne pas. Il ne parle pas ici de la terre astronomique.
Il ya donc des infléchissements dans les propos de Husserl. Le premier motif qui est la crise, c’est l’idée de science qui entre en crise à notre époque. Husserl reste attaché à cette crise. S’il ya crise, c’est qu’on n’a pas donné aux sciences d’où elles venaient. Si la philosophie scientifique disparaît, on tombe dans la barbarie. C’est parce que la foi dans la raison est en crise, que la crise devient mondiale. La crise a sa racine, dans les déviations du rationalisme ; dans la perte de confiance dans la raison. C’est seulement la raison qui peut guider sous la voie de la rationalité
La question de l’histoire :
Le déploiement de la raison, n’est pas seulement le fait de mon ego. Husserl a pensé qu’il faut revenir à l’ego seul. « Rentre en toi même, c’est là qu’est la vérité »tels sont les mots qu’Husserl emprunte à Augustin. Le télos de la raison, c’est l’histoire du monde. Il faut porter la raison latente à la compréhension de ses propres possibilités. Il décrit la raison dans des termes qui en font pratiquement l’absolu. Seul il existe en soi et par soi. L’esprit se suffit à soi. On est sur le déroulement : raison=esprit.
2- Le monde de la vie est l’enjeu d’un nouveau chemin de la réduction. La réduction doit-elle nous ramener à un commencement absolu ? Nous y arrivons en décrivant ce qu’est le monde de la vie. Le chemin cartésien de la réduction s’efface ; pour montrer comment notre vie se constitue ; comment se constitue le monde naturel. Ceci se fait à partir du monde de la vie. Il faut donc différencier ce monde de la vie et l’attitude naturelle. C’est dans ce cadre que Husserl écrit son dernier ouvrage.
3- Méditations en retour qui vont porter sur les questions ultimes de la philosophie : combat pour le sens de l’homme ; la théologie. La réduction est sur l’homme, mais aussi sur Dieu. L’histoire nous donne à repenser tout, même Dieu, qui pour Husserl est l’idéalité philosophique. L’horizon de notre histoire, c’est l’humanité parfaite, totalement rationnel ; l’homme infiniment lointain. C’est un peu l’idée de Fichte. L’idéal d’humanité, c’est le divin qui est en nous. La question de la raison et la question de Dieu sont la même. Problème du sens du monde. Nous devons constituer ce sens du monde. L’homme prend part à cette mission du philosophe qui est de réaliser le sens de l’humanité. S’il y a une éthique de Husserl, elle est à chercher dans la nécessité d’accomplir la réduction et de prendre part à l’auto manifestation de la raison. §73 : l’auto-responsabilité ; le telos de l’humanité. La vocation du penseur est à une vie dans l’apodicticité.
2è jalon : la crise des sciences
Les sciences de la nature, classiquement, ne disent rien du sujet ; le monde physique devient un monde indépendant de moi. Le grand penseur du dualisme, c’est Descartes. On assiste au triomphe de la rationalisation mathématique, qui vaut quand même en soi. En ceci, ce qui avait été reproché à l’attitude naturelle, peut être fait à la physique ou à la mathématique qui travaille dans l’oubli total de la subjectivité. La science moderne devient une sorte de naïveté supérieure. L’idée de la science qui est oublieuse de la vie est nietzschéenne. Le grand thème de Husserl dans le §9, est le thème de l’oubli. C’est un oubli de la vie constituante. Celui qui a repris cette idée après Husserl, c’est Michel Henri. Ce qu’il faut prôner c’est « un retour authentique à la naïveté de la vie » selon Husserl. Le travail de Husserl c’est pour prendre conscience de la genèse de la science, et non pour contester la science. Pour accéder à l’origine de la science, il faut aller à l’origine de la vie. Les sciences modernes ont tout renversé en objectivisme. Mais il y a leur origine subjective. La figure centrale ici est celle de Galilée.
Lire Merleau Ponty : Einstein, le retour de la raison dans Signes
Au commencement, il ya le monde de la vie, et à la fin, il ya Dieu. Le monde donné d’avance constitue le sol de validité constant ; aussi bien pour l’homme pratique que pour le savant. Le monde de la vie et en suite la rationalité. Entre les deux, la vie naturelle et la science. L’attitude naturelle est les vécus premiers que les choses sont bien effectivement ainsi. C’est une mésinterprétation qui a quelque chose de mieux. L’attitude naturelle est naturelle. Oublier sa propre activité constituante. L’épochè va reconduire la science à son origine. C’est la même vie qui conduit au naturalisme ; c’est la même vie qui commence par s’oublier. Le monde de la vie n’est pas en soi qui irait en soi ; il est déjà un monde constitué. Décrire le monde de la vie, c’est décrire une opération de constitution. Elle correspond à une couche que Husserl appelle antéprédicatif. C’est comme si nous pouvions avoir une expérience avant le langage. Un penseur va reprendre cette idée d’une couche fondamentale et d’une couche seconde : c’est Merleau Ponty. Il va le prendre du côté de l’esthétique qui nous ramène au plus près du monde de la vie. Il s’agit d’aller droit aux phénomènes. Le monde de la vie n’est pas autre chose que la simple doxa. On ne nait pas savant. On le devient. La phénoménologie se confond-elle avec l’attitude naturelle. Certainement pas. Il ya une fausse naïveté. Elle confond les phénomènes aux objets existants. Les sciences constituées sont inscrites dans l’attitude naturelle. Pour Husserl, la phénoménologie s’inscrit au cœur de la crise. La réduction revient au monde de la vie. On ne cesse pas d’oublier notre propre activité de voir par exemple. L’oubli naturel est un travail de géant qui est un travail de réduction. La réduction n’est jamais radicale ; il faut sans cesse y revenir, puisque l’oubli du monde de la vie arrive aussi sans cesse. Nous n’en avons jamais fini avec l’attitude naturelle.
Conclusion sur Husserl : Husserl est resté fidèle au programme de philosophie première, à une vocation de philosophe. Un penseur perdu dans son idéalisme. Husserl a commencé très humblement pour mener des analyses rigoureuses constitutives en pensant la contrainte des phénomènes. Fink dit que toute analyse phénoménologique est provisoire. Husserl, c’est le commencement et la rigueur. Husserl, c’est un nouveau Platon quelqu’un qui a vu. Il a vu qu’il n’ya jamais la constitution d’un objet sans un horizon. En même temps, les choses ne sont pas là sous la main. Chaque fois qu’il ya la perception, d’un objet, il est dans l’espace. La vie de la conscience est faite de présence qui emporte avec lui des retentions. L’objet nous est commun. L’un des grand mérites de Husserl, c’est le regard et l’excédant. Les choses nous échappent. La chose qui m’est donnée, l’est à l’infini. Je n’en ferai jamais le tour. Heidegger dira que l’être nous échappe. Tout cela dessine un programme : la constitution. Le tout engendre l’aporie et par conséquent l’inconstituable, évidemment Dieu. La phénoménologie de Husserl se porte vers l’horizon des sens ; et l’excédent, et les limites. La phénoménologie, c’est et le plus, et le moins.
« J’ai vu quelque chose de tout à fait merveilleux, non, je ne peux pas te dire quoi » : ce sont ses derniers mots.