PRÉSENTATION DE LA PREMIÈRE MÉDITATION CARTÉSIENNE
D'EDMUND HUSSERL
INTRODUCTION
1° LES MÉDITATIONS CARTÉSIENNES COMME INTRODUCTION À LA PHÉNOMÉNOLOGIE
Les méditations cartésiennes se présentent comme une introduction à la phénoménologie transcendantale (sous-titre).
- Quatre conférences prononcées à la Sorbonne le 23 et 25 février 1929 (en allemand !) ; amphitéatre Descartes.
* la traduction en français par Emmanuel Lévinas et Gabrielle Peiffer, publiée en 1931.
* la version allemande comme volume I des Husserliana (établi par S. Strasser). Publiée en 1950.
- 20 ans de différences entre le français et l'allemand !
- Levinas a travaillé sur un texte aujourd'hui perdu (histoire des œuvres de Husserl).
- Il les conçois comme "son œuvre la plus aboutie".
2° L'imitation critique de la méthode cartésienne
- c'est en 1907 (l'Idée de phénoménologie), les Ideen I que l'inspiration cartésienne apparaît.
- Il se rattache "nécessairement" aux méditations de Descartes, par la radicalité avec laquelle il prétend re-fonder la et les sciences.
- Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra « une fois dans sa vie » se replier sur soi-même et, au-dedans de soi,
- il va rechercher la ligne directrice des méditations ; PROTOTYPE.
- graves questions : "quel est le sens fondamental de toute véritable philosophie" ?
- Refonte totale des sciences ; recherche d'une science véritable
note : (p. 22) manque d'unité des sciences & déploiement désordonné :
+ prologue Somme théologique :"éviter la multiplisation inutile des questions et unifier les connaissances…
+ Descartes, I et II regularum ?
- "Avec lui, la philosophie change totalement d'allure, et passe radicalement de l'objectivisme naïf au subjectivisme transcendantal" (introduction des MC, &2)
- Notez que Husserl considère la phénoménologie comme "la forme dernière et la plus radicale du projet cartésien".
ÉTUDE :
3° la révolution cartésienne
- "comme l'a fait Descartes, laissons-nous guider par l'idée d'une science authentique et radicale" : guider, orienter, suivre. En philosophe qui allons faire un chemin, se pose la question du modèle : quel modèle pour notre science ?
MODÈLE de Descartes : géométrie ; (ordine geometrico) mais il l'a fait sans critique préalable ; attitude naturelle
Le COGITO sera vu comme un axiome géométrique duquel part toute déduction (1ère critique du cogito)
- AUCUN IDÉAL, ni même celui de science universelle (qui ne sera qu'hypothétique).
4° Révélation du sens final de la science
- Idée téléologique de science véritable ; recherche sur l'idée de science véritable. Qu'est-ce qui est véritablement scientifique ?
QUELLE EST L'IDÉE DE VÉRITÉ SCIENTIFIQUE ?
EVIDENCE (clara et distinctia perceptio). Les jugements scientifiques ne semblent valables que lorsqu'ils sont – médiatement ou immédiatement – fondés sur l'EVIDENCE. L'évidence est traditionnellement vue comme l'adequatio intellectus rei : "l'accord de notre jugement avec la chose jugée elle-même"
- On vise la chose et on présume que c'est bien elle. (INTENTIONALITÉ)
- Mais la science recherche des évidences apodictivement certaines et intemporelles (sur lesquelles on peux revenir constamment). "elle nous est présente elle-même" (DONATION)
5° L'évidence et l'idée de science véritable
EVIDENCE RELATIVE (ou occasionnelles) / EVIDENCE PARFAITE ; Vie quotidienne / Philosophie
peut se contenter d'évidences relatives / apodictiquement certaine "valable une fois pour toute".
La science recherche des vérités universellement valable (+ Wittgenstein)
Or on voit que les sciences reviennent sans arrêt sur ce qu'elles ont acquises.
note : PASSAGE (p. 33) : terminologie : la science "croit", "présuppose", "approximations", etc… "elle tend vers un horizon infini d'approximations".
Le "jeu des évidences supérieures" et d'un ordre des vérités.
- elle "implique un ordre de connaissance antérieur" (qui sera le rôle de la phénoménologie)
- fondé dans la nature des choses elle-mêmes.
Ier PRINCIPE MÉTHODOLOGIQUE : "n'admettre aucun jugement si je ne l'ai puisé dans des expériences où les choses me sont présents eux-mêmes".
1- DONATION ORIGINAIRE
2- Descartes : premier précepte du Discours de la méthode : "Ne recevoir aucune chose pour vraie tant que son esprit ne l'aura clairement et distinctement assimilé préalablement".
6° Différenciations de l'évidence
A la recherche d'une évidence apodictique première : qu'est-elle ? : il faut passer par une étude de l'apodicité, car l'adéquation et l'apodicité ne vont poas nécessairement de pair. Or les évidences peuvent êtres remises en doute ; pas l'évidence apodictique.
Elle prouve "l'inconcevabilité absolue de la non-existence" de ce qui est évident.
7° L'évidence de l'existence du monde n'est pas apodictique
La vie et la science positive sont naturellement réalistes. Mais, l'existence du monde est-elle une évidence apodictique ?
1° Husserl ne nie pas l'antériorité du monde dans chaque affirmation scientifique sur ce monde.
2° mais cette antériorité suffit-elle à rendre l'existence du monde incontestable, indubitable ?
Plusieurs éléments convergent vers une non indubitabilité de l'existence du monde :
- le "rêve", l'"apparence" de l'expérience sensible individuelle (p. 41)
- nécessité d'une critique préalable de l'existence du monde : les sciences s'abreuvent du terrain naturel de l'existence du monde. Si on remet en cause le monde, on remet en cause également le fondement de toutes les évidences.
- le monde est toujours pré-supposé par les sciences sans critique préalable.
- l'existence du monde n'est plus qu'un objet d'affirmation (geltungsphänomen)
8° L'ego cogito comme subjectivité transcendantale
Ici s'effectue le transfert de l'attention au monde à l'attention à l'expérience même du monde. Si on remet en doute l'existence du monde, que reste-t-il ? Le fait que "le monde n'est plus pour le philosophe, désormais, un monde existant, mais seulement phénomène d'existence" (p. 43). Il reste l'expérience même du monde.
Donc derrière la mise en doute de l'existence du monde se dé-couvre lêtre du sujet, l'ego méditant.
"Le monde continue de nous apparaître comme avant, mais en tant que philosophe, je n'effectue plus l'acte de croyance existentielle de l'expérience naturelle". (p. 44)
"tous les phénomènes ont perdus leur validité et subissent une modification de valeur ; ils ne sont plus que de simples phénomènes" (p. 45)
EPOCHÈ PHÉNOMÉNOLOGIQUE. Le monde existe pour moi dans ce cogito découvert par l'epochè, dans les cogitationes. "l'existence naturelle du monde présuppose celle de l'ego et de ses cogitationes".
RÉDUCTION PHÉNOMÉNOLOGIQUE TRANSCENDANTALE : parce que le monde est présupposé par l'ego et l'ego forme les conditions de possibilité d'expérience du monde.
9° Portée de l'évidence apodictique du "je suis"
La réduction permet l'évidence apodictique de l'existence de la subjectvité transcendantale ? On approche du fondement. Descartes. Le doute suppose le je suis.
PRÉSENCE VIVANTE DU MOI À LUI-MÊME : tout se donne dans le "je suis" (Kant, CRP, analytique des principes, &16)
Le moi a-t-il un contenu ? non, puisqu'il n'est que pure visée 'ce serait alors du psychologisme…)
Le moi réduit n'est pas une partie du monde ; ni l'ensemble des contenus psychologiques.
EGO COGITO : "je suis pensant" : c'est la vie originelle même du moi, sa présence à lui même, sa seule vie pure.
toute chose a du sens parce qu'elle se rapporte en dernière instance au sujet transcendantal ; tout est co-présent au sujet transcendantal.
10° Digression
Là où husserl "lache" descartes :
- PRÉSUPPOSÉS SCOLASTIQUES chez Descartes, montrés par "GILSON"
- PRÉJUGÉ POUR LES MATHÉMATIQUES
Le fait de prendre le cogito comme axiome à partir duquel sera déduit le reste (substance spirituelle, étendue, Dieu, etc…) ordine geometrico.
En faire un axiome n'est pas suffisant, car il est le fondement de tous les axiomes. Filigramme de Husserl : Reconductibilité d'un a-priori logique à un a-priori noétique
- LE STATUT DU COGITO dans le monde
1° en faire un axiome apodictique, c'est en faire une "chose du monde", c'est l'incrire dans une attitude naturelle qui doit rester constamment en suspend chez Husserl. 2° En faire une res cogitans : le moi pur n'est pas une chose puisqu'il ne se donne pas à lui même comme les choses lui sont données.
DESCARTES RESTE DU RÉALISME TRANSCENDANTAL
11° Le moi psychologique et le moi transcendantal
METTRE EN PLACE UN DISPOSITIF VISANT À PROTEGER LA PHÉNOMÉNOLOGIE DES MÉSINTERPRÉTATIONS PSYCHOLOGIQUES.
"la vie psychique, dont parle la psychologie, a toujours été conçue comme vie psychique dans le monde" (p. 53) : elle n'est pas le "moi pur", elle devient un ob-jet d'étude, donc un objet dans le monde, pris dans l'attitude naturelle.
Alors que :
"Par l'epochè phénoménologique, je réduis mon moi humain naturel et ma vie psychique – domaine de mon expérience psychologique interne – à mon moi transcendantal " (p. 54)
Le moi psychologique est "aperception empirique seconde" : toutes les objectivités sont des transcendances (corps, moi propre, moi étranger, science, etc…).
FAIT SIGNIFICATIF : " moi-même et ma vie propre demeurent intacts, quoi qu'il en soit de l'existence ou de la non-existence du monde" (p. 52) De plus, la certitude de l'être du moi, comme résidu de la rédution, n'implique pas de connaître ce moi. "Le moi transcendantal comme résidu de la réduction phénoménologique n'implique pas la connaissance proprement psychologique du moi."
"EGO COGITO ne vaux pas dire : je, en tant que cet homme-là, suis" ;
mais le simple ego cogito : je suis pensant.