Introduction à Edmund Husserl

 "Attachés aux choses mêmes,
mais d'un attachement qui accompagne une constante réclamation des lointains
"


par Vivien Hoch, Institut catholique de Paris


Le terme phénoménologie :
- inventé par Lambert en 1704
- Kant a failli appeler l'esthétique transcendantale phénoménologie
- 1807 : La phénoménologie de l'Esprit de Hegel "toute vérité doit apparaître pour ne pas rester abstraite".
Inscrit déjà dans une recherche de concret.
- Se cristallise chez Husserl.

En tant que "Science de la description du donné", rien n'est donc étranger à son domaine ; et avec le pari que le lointain (métaphysique, Dieu, …) sera accessible. Notez la première phrase de la phénoménologie comme science rigoureuse : "Nous nous poserons des questions d'ordre éthico-religieuses".

La phénoménologie, en tant que tentative d'accès au phénomène pur, tentera d'écarter les concepts a priori qui peuvent lui en cacher la vue, en partant du fait que toute connaissance est un vécu psychique (L'idée de la phénoménologie, p. 41).

C'est ainsi que pour fonder la logique, les mathématiques, etc… Husserl en vient à réflechir sur les vécus de conscience ; nous ne savons en effet pas ce que sont les choses elles-mêmes ou nos vécus eux-mêmes, mais nous savons comment nous les vivons. C'est le déplacement de la question "quoi" (quid) à la question "comment" (quomodo).

LES TROIS GRANDS PRINCIPES DE LA MÉTHODE PHÉNOMÉNOLOGIQUE :

L'intentionalité

La donation originaire : le "principe des principes" (& 24 des Ideen I) :

La réduction phénoménologique (Epochè)



L'intentionalité


C'est être-déjà près des choses ou être dirigé vers un objet. L'intentionnalité, en répondant à la maxime : "droit aux choses mêmes", devient l'une des structures fondamentales de la phénoménologie, c'est à dire une structure transcendantale du cogito. C'est de son maître Franz Brentano que Husserl reprend ce concept. Il désigne le caractère fondamentalement orienté de la conscience vis-à-vis d'un objet, quel qu'il soit. L'intentionnalité est le fait d'« être conscient de ». La conscience n'a pas le même mode d'être que des objets physiques, et c'est la structure de l'intentionnalité qui distingue le psychique du physique.

La conscience n'est pas une boîte dans laquelle entrent des images, des perceptions, etc., mais elle est à chaque fois une visée (la visée intentionnelle), qui est donneuse de sens. Par exemple, la perception d'une pomme n'est pas l'imagination d'une pomme, quoique l'objet visé (ou noème) soit le même : ce qui diffère, c'est la nature de l'acte de visée (ou noèse).

C'est donc la corrélation de l'objet (noème) et de son mode de visée (noèse). Ce n'est pas seulement qu'il n'y a d'objet que pour une conscience (Descartes et Kant), mais plus encore : il n'y a de conscience que vers un objet.

"Toute conscience est conscience DE quelquechose"

il ne faut s'appuyer ni sur la conscience (piège du psychologisme) ni sur le quelquechose (piège du naturalisme)
mais uniquement sur le "DE".
La relation est la première des catégories.

Toute la phénoménologie se résumera donc à décrire les modalités de l'intentionnalité, c'est-à-dire les moyens par lesquels la conscience se rapporte à un objet (cogitatum).



La donation originaire (présentification - constitution) :

C'est le principe des principes des Ideen I, § 24. Il s'agit du remplissement d'une intuition vide. Les VIèmes Recherches logiques sont conservées. C'est faire accéder à des essences, misent au rang de données pures. C'est une mise-en-présence des choses à soir, tout en respectant au plus au point la spécificité de leur phénomène. La perception est évidemment le "lieu" de la plus intense donation, la plus évidente, où les objets nous sont présents par excellence.

La donation en "chair et en os" : c'est tout l'être de la chose qui se donne à nous, quasiment corporellement.

Enfin, la constitution est un travail spécifique de l'activité de l'ego. C'est ce travail qui amène l'objet à se donner.