Lecture phénoménologique de Nietzsche
Par Vivien Hoch
(notes de cours)

           

 

I) Nietzsche lecteur de Spinoza

- les différences :

Spinoza a une démarche unificatrice du réel (deus sive natura)

® Nietzsche a plutot une démarche "éparpillatrice"

Le conatus est un principe d'organisation ordonné à un but, c'est-à-dire à la conservation, alors que la volonté de puissance est différentiatrice

® Dieu n’est pas cause chez Nietzsche ; on retrouve plutot chez lui un chaos primitif.

 

- les ressemblances entre Spinoza et Nietzsche :

retour à l'immanence

l'amour des singularités

rapport spécifique à l'époque

philosophie libératrice (au-delà des valeurs) : libération du surhomme / sage spinoziste

romper avec toutes formes d'idéalisme

la question du corps et ce qu’il peut

= en somme, pour l’un et pour l’autre, l’homme n’est pas un empire dans un empire ; il n’y a ni différence de nature ni de degré, mais une co-appartenance entre l’homme et l’animal.

 

II) la force du corps

La confession charnelle de Nietzsche

Nietzsche (1844-1900) retient de la lecture de Shopenhauer que l’homme est caractérisé par sa volonté vers la vie, que c’est son fond propre. La vie est le fond de l’homme, or la vie a un support biologique. D’où l’importance du corps dans la philosophie Nietzchéenne.

« En philosophie, c’est le corps qui pense ». Nietzsche.

« La pensée n’est que l’épanouissement du corps. » Parménide, fragment 16.

 

Idéal de la grande santé

Nietzsche écrivait à partir de sa maladie, il disait que la maladie est une autre perspective de la santé : c’est ressentir son corps, vivre son animalité pleinement par la souffrance, prendre conscience de lui. Alors qu’être en bonne santé, c’est en quelque sorte oublier son corps, c’est faire travailler sa raison qui nous distance du plein vécu du corps.

Nietzsche parle d’enthousiasme « être pris en Dieu » au sens étymologique. Mais il dit : c’est le corps qui connaît l’enthousiasme. (l’état de la pensée dépend de l’état du corps).

Comment ne pas mettre cette reflesion en perspective avec la théologie de l’Eucharistie ?

 

L’animalité en l’homme : le problème de la morale

 

            La morale empêche l’homme de regarder et plus encore de vivre son animalité. C’est pour cela que la morale est l’adversaire ou l’ennemi de l’animaité. La morale fixe des valeurs : elle crée un écart entre être et devoir être. Car on s’imagine toujours autre que l’on est à partir des valeurs qu’a instauré la morale. Or c’est ce qui cause beaucoup de souffrance. (cf. Jean Paul II).

            L’animalité ne se nourrit pas de cet écart : les animaux sont toujours pleinement ce qu’ils sont.

- l’homme est sortit de l’animalité à cause de la morale : il est sortit du monde réel par un monde idéal. C’est une fuite du monde réel par un monde imaginaire.

- Par la morale, l’homme se croit supérieur à l’animal. Tout ce qui s’approche de l’animalité est mal vu car c’est jugé à partir de valeurs qui ont étés instaurés par la morale. L’homme reproche à l’animal de ne pas avoir des choses qu’il a lui-même inventées. La moralité gonfle l’orgueil de l’homme.

La question : ce monde sans moralité, n’est-ce pas ce qui a déjà été imaginé par Hobbes et Rousseau sous le doux nom d’état de nature ?

 

Le texte primitif de l’homme naturel

Replonger l’homme dans la nature est le but. Ce n’est pas l’état de nature, car il n’y a pas de passage avec l’état de société. Pas non plus d’age d’or d’avant le péché originel (l’Eden). C’est une critique de la culture et de la moralité comme étant des fuites artificielles de l’homme par rapport à la nature.

 

II) La volonté de puissance comme vie organique

Méthode généanologique

La volonté de puissance est caractérisée par le besoin de retrouver ce texte primitif et les instincts propres de l’homme, qui le constitue véritablement.A nouvel objet, nouvelle méthode. Contrairement à Descartes pour qui il n’y a qu’une seule méthode pour tous les objets. C’est une méthode vue comme chemin, comme mode d’accès. D’où la question : quel est le mode d’accès à l’animalité qu’il y a en nous ?

Il faut remonter des valeurs à ceux qui les ont posées.

Du quid (qu’est ce que la valeur ?) au quiz (qui pose la valeur de la valeur ?) Celui qui a posé la valeur avait un interêt personnel à la poser.

C’est la méthode pour entrer dans ce nouveau monde de l’animalité.

Critique d’Heidegger à Nietzsche : inverser les valeurs, ce n’est pas vraiment sortir non plus de la métaphysique. Inverser Platon, c’est rester métaphysicien.

 

Métaphore animale de l’inversement des valeurs : l’oiseau de proie et l’agneau

 

            Les poseurs de valeurs ont inversés le bon avec le méchant et le mauvais avec le bon. C’est le pasteur (figure du prêtre) qui par interêt appelle le bon (l’oiseau de proie qui a mangé l’agneau) méchant et le mauvais (l’agneau parce qu’il est faible) bon. C’est le parallogisme de la force. C'est-à-dire séparer la force de ce qu’elle peut. Faire croire que l’on est plus fort en faisant croire que l’on n’utilise pas de sa force. La plus grande force est dans la faiblesse. Les faibles font croire qu’ils sont fort et qu’ils n’ont même pas à utiliser leur force.

            Le Chrétien et son apologie de la faiblesse est le premier visé. C’est un mensonge inventé afin d’aider les faibles et afin qu’ils n’aient même pas à utiliser leur force.

 

De même, nous remarquons chez Aristote que l'homme sort de l'animalité par les valeurs : homme comme animal politique (comme les abeilles) mais qui ont en plus la capacité de reconnaître le bien et le mal.

 

Moteur de l'homme : la crainte

L'homme est mû par la crainte : elle lui appartient en propre. Elle se cache dans la connaissance : craindre est le moteur de la science. On cherche à remplacer l'inconnu par le connu car on a peur de l'inconnu. connaître = reconnaître.

® les 3 humiliations de l'humanité chez Freud : le monde va vers le x et cela doit être assumé.

science = manifestation de l'instinct de crainte ® baisse du courage ® baisse de la vrai humanité. La science est nihiliste.

 

Les trois temps du nihilisme

Dans Ainsi parlait Zarathoutra.

- chameau : il s'agenouille et dit passivement "je dois" c'est la morale Kantienne du devoir.

- lion : il est actif et dit : "je veux"

- l'enfant est celui qui accepte le fatum et qui dit "oui". Cela ouvre un nouvel inifini.

Il s'agit dès lors de créer une nouvelle humanité, un sur-humain qui ne renie pas ses racines animales.

Þ vivre selon un destin dyonisiaque du chaos, de l'instinct, de la jouissance.

 

L'homme comme hermeneute

C'est à dire l'homme comme interprétant : Niezsche nous propose une existence interprétative.

Hermeneutique vient de Hermes, le dieu messager.

Mais c'est une hermeneutique du corps puisque nous pensons par le corps.

 

Le caractère perspectiviste

§374 du gai savoir : "il ne faut plus regarder son existence par delà son angle de vue".

Or son angle de vue est déterminé par sa corporéité. Personne ne peut imposer sa vision de l'existence aux autres, car il est confiné dans son propre angle de vue. C'est une pensée non plus seulement du temps, mais aussi de l'espace : l'univers est infini parcequ'on peut le voir de points de vues infinis, c'est nous qui le rendons infini.

Il y a autant de monde que de vision du monde, mais contrairement au relativisme, la perspective Nietzschéenne peut se partager et ainsi faire un monde en commun : c'est le pluralisme.

 

De la différence avec Freud

Chez Freud, les valeurs traduisent l'inconscient, donc le corps : ces défenses naturelles permettent la vie en collectivité; chez Nietszche, la morale ne provient pas du corps, mais d'une crainte du corps.

 

III) La pensée comme épanouissement du corps

Parménide : fragement 16 : la pensée n'est qu'un prolongement du corps.

La philosophie, depuis Platon, s'est toujours positionnée contre cela (ex. Platon)

Le corps est beaucoup plus qu'un simple principe, car il est une puissance : la pensée sert le corps.

L'âme n'est qu'un instrument du corps, une de ses parties.

Le moi et le soi

Toute la philosophie s'est construite sur le moi, alors que ce moi est déterminé par le corps. Le moi qui pense est determiné par le soi et agit dans le moi comme indépendant de lui.
Le moi n'arrive pas à vivre dans l'instant comme le Soi, c'est pour cela que la conscience éloigne l'homme de son propre vécu, elle le met à distance de lui-même, alors qu'elle n'est qu'un instrument du corps. Celui qui vit vraiment son corps est l'enfant (cf. les 3 métamorphoses de Zarathoustra)

Le Soi = le corps = la grande raison

Le Moi = la conscience = la petite raison

 

La création des valeurs par le corps 

Le désir n'est plus vu comme un manque, mais comme un créateur de valeurs (comme chez Spinoza) ; c'est à dire comme un fantasme. Le désir ne comble pas, il creuse. Il est la puissance de créer par la production imaginaire dont la source est la passion ou les objets.
C'est faire de son corps la source de la vie.

 

IV) L'expérience du corps

La philosophie est un lieu d'expression du corps.

 santé et maladie

 C'est le corps qui philosophe. La philosophie devient le lieu d'une guérison du corps. Le livre est un témoignage de la souffrance du corps.

La pensée est pauvre parce qu'universalisable ; le singulier est beaucoup plus riche et puissant. Or ce sentiment organique est impartageable de par sa singularité.

Les penseurs sont des gens malades : la détresse est ce qui philosophe en nous : on ne philosophe pas si tout va de soi dans l'existence. C'est cela demeurer dans l'éveil.

 

La philosophie comme hermeneutique 

La philosophie est une hermeneutique du corps, c'est à dire une interprétation de la maladie qui nous pousse à philosopher. C'est une exesège du corps.

La définition est le malentendue de la philosophie : cette dernière ne doit pas dire ce qu'est la vie, mais plutôt comment la vivre.

On ne peut alors plus vivre d'une seule philosophie, nous avons des périodes, tout comme les artistes. Diverses périodes comme divers états de santé. Et il y a donc autant philosophies que de corps.

 

L'attente d'une renaissance

La philosophie est appellé à une sur-humanité.

Le corps est-il le lieu d'integration d'une partie dans un tout (Saint Paul) ou la manifestation d'une force (Nietzsche) ?

Résurection de la chair remplacé par l'éternel retour.

Niezstche : héroïsme du sujet, source du relèvement charnel en soi-même en tant que puissance

Christianisme : relèvement charnel par un Autre.

 

Le sens de la terre

Les hommes ont toujours voulus ressembler à Dieu. C'est refuser son état de créature, refuser la différence, c'est perdre son identité.

Le corps à l'origine : la volonté de puissance

 

 

Volonté de puissance, chapitres :

1- critique des valeurs

2- morphologie de la volonté de puissance

3- nihilisme vaincu par lui-même

4- midi et éternité. Dyonisos philosophe

L'intellect simple organe.

 

I) la surprise du corps

La philosophie commence par l'émerveillement ou l'étonnement : étonnement de la conscience.

Chez Nietzsche, la surprise, c'est le corps, sa profusion de vie organique, etc… De voir que tout part de lui.

Les fonctions animales (&259)

On découvre, dans l'immoralié, les fonctions animales qui valent beaucoup plus que les états d'âmes. Les penées sont les résultats de ces fonctions.

Ce qui détermine l'homme, c'est la nutrition et l'intensification (gain de force). C'est à partir de cela que nous exaltons ou que nus nions la vie : émanations de nos fonctions animales.

Vivre, c'est perpetuer sa chair en tant que chaine de l'organisme ; tout le reste n'est que superflu.

Les sensations sont au service du corps, non de l'esprit. Cela contre les réalistes (notamment Aristote et le de anima) pour qui les sens servent à la jouissance de l'âme et ne sont que la première étape de la connaissance intellectuelle.