Nietzsche n’a jamais fait que d’illustrer cette phrase de Saint Paul : « Vous serez fous aux yeux du monde ». Exposition brillante, me direz-vous, mais trop peu profonde pour être en quelque manière que se soit dangereuse pour l’integrité de notre foi dans sa modalité intrellectuelle. Comme beaucoup, il a voulu – voulu n’est pas exact, disons plutot qu’il ne pouvait faire que cela – réduire la foi à une de ses modalités, et qui plus est une de ses moralités temporelles, mêmes si elles ont des vues surnaturelles : c'est-à-dire les valeurs qu’elle pose dans l’âme croyante. Réduire la foi aux valeurs qu’elle fait naître à l’interieur du croyant est une démarche réductrice, dangereuse et se fourvoie uniquement dans les limites de ce qu’elle attaque. Proner un renversement des valeurs, c’est à dire le retour à l’état d’innocence intellectuelle, de pleine possession de sa puissance animal et de sa soi-disante liberté sur-humaine peut effectivement être vu comme un bouleversement, une avancée incroyable et projettant un nouvel être humain, mais cela ne tient pas la route au niveau de la foi vu d’un point de vue objetcif. L’attitude Nietzschéenne est, je le répète, réductrice. L’essence de la foi n’est pas seulement sa modalité morale. Elle s’applique à toutes les catégories de l’être humain : sa psychologie, son animalité, ses relations sociales, familliales, etc… pas seulement à ses valeurs. La foi n’apporte pas au croyant que des valeurs morales.
La démarche Nietzschéenne ne tient pas la route face à la démarche de foi. Elle ne s’adresse qu’à la partie de l’âme qui doute, qui se questionne, qui n’est pas sûre. Elle entretient ce doute en l’homme comme en conversant avec cette partie, à la manière des séductions du démon. Et comme le démon, elle ne peut attaquer d’une manière globale, car elle n’a de pouvoir que sur la partie faible. Que d’ironie en entendant Nietzsche converser avec la faiblesse des gens sur le sujet de la puissance ! C’est là le paradoxe incroyable de ce fauteur de trouble : je veux renverser les valeurs, dit-il, je vous parle de retrouver votre puissance originelle, mes amis, mais à qui parle-t-il ? A cette partie de l’homme qui est la moins apte à suivre les valeurs, et qui justement n’a pas de puissance relativement à cela ! Comme on dit, c’est l’hopital qui se moque de la charité !
A quoi a servit Nietzsche ? Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grande pensée comme la sienne ne peut surgir du néant, mais qu’elle ne peut avoir été voulue que par Dieu afin de réveiller certains esprits somnolents. Nietzsche nous rappelle que nous sommes fou aux yeux du monde. Il nous rappelle non pas à l’immanence, mais à la transcendance. Il nous montre parfaitement que justement, nous ne pouvons vivre que dans l’immanence, que la solution de nos problèmes ne s’y trouvent pas, qu’il n’y a rien de bon dans le primitif et qu’il faut le fuir ; il exhorte l’homme à se tourner vers le surnaturel, en nous labourant le chemin qui mène vers la nature : il nous montre que ce chemin est chaotique, qu’il n’y a rien de stable de ce coté et qu’il ne faut pas en faire grand cas. Nous pouvons le remercier d’avoir exploré ce chemin pour nous permettre de ne pas y revenir.