Stoïcisme et Christianisme
Par M. Hoch Vivien
La pensée autoconsciente du stoïcien et du Chrétien comportent tout deux une similitude en tant que la conscience de soi dans les deux cas est dé-doublée : d’une part la conscience est l’emprise sur sa déterminité propre en tant qu’elle est consciente de son appartenir au monde, déterminée en son essence pensante pour cette même raison, c’est ce que l’on appelle la conscience changeante ; d’autre part les deux consciences se rejoignent sur le fait qu’elles ont en leur essence même, hors cette déterminitée de la conscience changeante, et se plaçant à l’opp-posé de celle-ci, un être propre immuable et impassible, l’Universel en substance. Ce noyau essentiel de la conscience est caractérisé par Dieu chez les Chrétiens et par le Logos, ou raison, chez les Stoïciens.
Cette conscience de soi dé-doublée n’est pourtant qu’une en tant qu’elle pense et agit toute-entière sur l’objet qui se présente à elle. Mais dans l’acte de penser sa propre conscience de soi en tant qu’essence, elle se voit dé-doublée, déchirée entre deux contradictions. La vie du Stoïcien va être de vivre selon cette partie immuable et raisonnable de sa conscience et sera, pour cela, comme plongé dans ce moment de la conscience, plongé dans la conscience de soi, que ce soit dans le penser ou l’agir. Le Chrétien va mettre toute son ardeur à s’identifier à cette conscience immuable, c’est-à-dire à Dieu, et toute sa tache sera alors de parvenir à cette identification par négation simple de la conscience changeante, c’est-à-dire du sensible, ect… Les deux consciences ont cela en commun qu’elles se détachent de cette conscience changeante, qui elle-même en est à l’acte d’existence en tant qu’elle a pour o-bjet le monde extérieur, mais par un acte-pur d’indifférence absolue pour l’une, et par l’acte-pur de négation absolue pour l’autre.
Tous deux résignent négativement leur acte de penser face à l’exteriorisation de la conscience changeante pour ne se retirer que dans l’essentialité de la conscience immuable, c’est-à-dire dans l’universalité pure de la pensée.
Il convient ici d’analyser séparement l’agir de chaque conscience (stoïcienne et chrétienne) par rapport avec le monde en tant qu’étant.
L’être-là du monde se présente à la conscience Stoïcienne en tant que pur phénomène, et son premier moment du rapport à l’autoconscience va être contenu dans l’essence même de la conscience changeante. Le phénomène dans sa diversité à soi, dans sa propre détermination sensible, va être dès lors ramené à son être même par la conscience immuable, et cela grâce au mouvement qu’effectue la conscience changeante, qui n’est alors effectivement que cause efficiente et non négation simple du phénomène. Cette dernière est donc nécessaire dans la dialectique de la conscience stoïcienne et n’apparaît pas comme pure négation, ni comme pure contradiction en rapport à la conscience immuable, elle est ce mouvement propre qui ramène la chose à son être-même pour le présenter à la conscience immuable qui se chargera de l’interpreter et de l’evaluer.
L’unité de la conscience stoïcienne en tant qu’essence n’apparaît donc pas comme simple forme sans contenu, mais comme mouvement dialectique perpétuel qui « dissèque » l’étant pour le présenter comme être pur à la conscience immuable.
La où certains on pût se tromper, c’est que l’analyse de l’être-même de la chose ne parvient à aucune expansion du contenu dans ses determinitées propres.