La volonté purificatrice
L'abnégation existentielle vers le non-être
par Vivien Hoch, Institut catholique de Paris
Réquisits philosophiques
- Toute volonté est intentionnalisée, mais toute intentionnalité n'est pas forcément volontaire.
- Il ne s'agit pas d'une pensée du non-métaphysique, mais plutôt d'une non-ontologisation de l'homme pris dans son existentialité
- L'appui sur les difficultés factuelles de la vie humaine ne saurait laisser présager une fixation désespérée mais une volonté de surpasser les choses dans le mieux.
Définitions
1° La volonté purificatrice est également-identique à la purification volontaire aussi bien qu'à la volonté de purification.
2° La volonté purificatrice se comprend comme une entreprise humaine subjective et cognitive, dans l'ordre existentiel, qui consiste à se réduire soi-même devant un fait donné.
3° La volonté purificatrice se comprend comme la recherche d'un système noématique qui puisse orienter le sujet vers une pratique de l'évidence existentielle de la faiblesse.
Thèse
La thèse est la délimitation philosophique d'une non-thèse, celle de la non-possibilité existentielle de devenir un être sans vouloir devenir ne pas l'être.
Argumentation
Les tempéraments humains ne se maintiennent pas dans un lieu purement mondain (respect, reconnaissance, gloire, etc…) pour s'y "essentialiser", mais pour sauter par dessus le prochain obstacle existentiel qui se présentera devant lui (une perturbation morale, psychologique, physique, etc.), dans un mouvement, non pas de subsumation, mais de sursumation, engageant ainsi la personnalité toute entière dans une dialectique intra-néantisante de l'histoire singulière de la personne dans le monde.
La subsumation de l'obstacle a lieu lorsque la volonté se porte à tenter d'annihiler l'obstacle, de l'objectiver pour le maîtriser (ainsi que dans le travail, par exemple), ou, pour ainsi dire, le "néantiser" en se l'appropriant et en "l'anthropologisant", l'obstacle en lui-même perdant alors la manière d'être dans le monde qui lui est propre. La volonté ainsi orientée, le regard intentionnel vise ici la néantisation de ce tout qui est autour de la personne pour elle-même, dans la seule vue d'elle-même, dans ce que l'on appelle couramment l'orgueil ou la suffisance.
Par contre, lorsque la volonté se porte non pas à tenter de néantiser les obstacles qui se présentent à elle, mais à les accueillir et, pour autant qu'ils se donnent "en chair et en os", à maintenir dans le sujet le mouvement gnoséologique constitutif de l'obstacle, alors le sujet intègre intérieurement l'obstacle et se constitue lui-même par lui. Ainsi, dès que la volonté cherche à incorporer les obstacles et à développer leur description constituante tellement à bout que ces obstacles-objets deviennent siens, mais en gardant leur mode d'être propre. La volonté cherchera à garder entière la souffrance morale et à la développer à tel point que ce n'est pas l'objet-souffrance morale qui perdra de ce qu'il est, mais bien le sujet lui-même qui perdra de lui. C'est pourquoi cette volonté est appelée "purificatrice", ou encore abnégation : le sujet, en face d'un obstacle, renoncera à lui pour garder l'objet-obstacle intact, jusque dans une néantisation du sujet lui-même. C'est pourquoi le Christ a dit : " qui perd sa vie la gagnera", ou encore "Renoncez à vous même, prenez votre Croix et suivez moi" (Luc, 9, 23), la Croix étant ici cet obstacle que le sujet porte en lui, prend sur lui, et qui est principe de la perte de lui même.
C'est donc parce que l'homme porte sa volonté à maintenir les choses dans leur "état naturel", qu'il perd de lui-même, mais qu'il gagne le pouvoir, non plus d'être quelque chose parmis les autres choses, mais une personne qui devient peu à peu toutes choses (effet de la caritas).
PS : Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, notamment que le principe de cette volonté n'existe pas de façon directe dans l'homme, mais seulement sous l'action du Saint Esprit, qui, en nous purifiant, nous fait découvrir le Fils en nous-même ; ou encore que Dieu nous jugera justement sur cette sphère de volonté pure, sur cet effort et le statut qu'il aura dans notre existence, qui se situe entre le déjà donné et le pas encore, etc. Mais le principe est dévoilé.