ad. 2 En 24 ans de série, sur 281 épisodes, Derrick aura démasqué 282 coupables, vu 344 cadavres et laissé échapper 3 meurtriers. Il n'a donc pas été parfait en laissant s'échapper 3 meurtriers. Or Kant recherche la perfection de l'humanité. Donc Derrick n'est pas kantien.
ad. 3. Dans ses enquêtes, Derrick progresse de manière hypotético-déductive. En effet, il procède toujours à un minutieux travail psychologique accumulatif de faits, pose sur ces fondements des hypothèses, puis, par enchainement déductif, en tire des déductions. Or la loi morale kantienne ne supporte pas ce long travail noético-noématico-epistémologique. Donc Derrick n'est pas kantien.
Sed contra. Derrick agit toujours d'après une rigueur morale qui semble, chez lui, absolue. Nous sommes donc nécessairement portés à croire que Derrick est kantien, eu égard à la proximité évidente avec l'absoluité du fait intellectuel qu'est la loi morale dans la Critique de la raison pratique.
Respondeo. Le principe de réponse suppose :
1° qu'il soit possible de rechercher des principes moraux d'une doctrine philosophique déterminée dans une série télévisuelle, si brillante soit-elle. Le recoupement philosophique entre morale et esthétique ne va en effet pas de soi
2° que la morale kantienne soit effectivement apte à être mise en acte et réalisée dans une vie, fut-elle qu'un artifice de vie dans une mise en scène télévisuelle.
D'après ces problématiques pré-suppositionnelles, il semble impossible de tirer un quelconque principe de réponse argumenté à propos de l'hypothétique essence du derricko-kantisme. Il faut cependant noter ce fait capital qui est que Derrick se situe non dans les hautes sphères purement spéculatives de la philosophie, mais bien dans le domaine de la praxis, qui est toujours caractérisé par une certaine urgence de décision stratégico-finalisée. En ce sens, le travail hermeneutico-esthetique que nous menons sur et à partir de Derrick peut dégager, comme en soubassement de ses enquêtes, la loi morale qui en est le principe. En effet, bien que Derrick agisse selon diverses modalités, il se réfère toujours à une certaine rigueur morale, à tel point que parfois, il pratique une certaine Epochè sur les personnalités impliquées dans ses enquêtes pour « ne revenir qu'à la loi morale même ».
ad. 1 Ce serait mal comprendre Kant que de dire qu'il « récuse les mouvements de la sensiblité ».
ad. 2 On nous dit que « Kant a les mains propres, parce qu'il n'a pas de mains. » En ce sens, il est impossible d'en vouloir à Derrick d'avoir parfois failli à sa tache, d'autant plus que les réalités auxquelles il est confronté dans son travail sont très complexes.
ad. 3 Kant n'éclaire pas de façon directe et définitive ce que pourrait être le parcours philosophico-psychologique qui pose un acte à partir de la loi morale. En ce sens, nous pouvons supposer que la méthodologie derrickienne, constamment confrontée à l'urgence de la praxis propre au travail d'inspecteur de police, ne contrevient pas aux principes de la morale kantienne.
