Lecture phénoménologique du premier mot de Derrick

par Vivien Hoch, Institut catholique de Paris


Le plus beau est le commencement. A chaque épisode, le premier mot prononcé par Derrick est celui qui compte le plus. C'est lui qui va donner le ton à l'épisode, c'est lui qui va orienter toute la trame de l'histoire et son ambiance. Ce premier mot est imprégné de symbolisme, il reflète l'âme de Derrick dans toute sa profondeur spirituelle ; la déchirante tragédie qui se profile va naître de lui et retourner à lui par un remarquable mouvement d'exitus reditus ; tout le phénomène tragique de l'épisode provient de ce simple mot : confession poignante d'une indescriptible cruauté anticipative. Tout commence par des mots. Non pas qu'il faille appliquer une quelconque méthode herméneutique à ce mot afin d'en déceler le sens caché ou l'incroyable source de créativité qu'il produit, ni qu'il faille analyser sous une modalité historico-critique, tropologique voir même allégorique le contexte phénoménal du mot, mais bien qu'il faille en saisir toute la portée dans son intégralité théologico-métaphysique. C'est bien ce que nous allons démontrer : oui, Derrick parle directement à Dieu.

         Point de considération morales : elles blesseraient la magie. Point non plus de considération sentimentales : elles affadiraient le moment. Mais c'est bien sous une modalité théologico-phénoménologique qu'il faut induire de l'intentionnalité a priori de Derrick dans son agir patent d'ouvrir la bouche afin de constituer une totalité perceptive immanente bien que substancialisée intégralement dans son devenir originaire qui lui est purement porté sur une double multiplicité de modalités perceptivistes significatives de la tentative de mise-en-relation vers la - ou "les" dans un contexte polythéiste - transcendance. Ainsi la négativité autostante de la plurivocité du premier mot prononcé par Derrick ne prend corps et consistance ni dans une perspective sotériologique, ni dans un étant-pour-soi en puissance d'une singularisation effective de l'intellect agent mais, bien sûr, cela tombe sous le sens, dans un contexte substanciellement 1) surnaturel en tant qu'extériorité analogique et 2) intellectuellement auto-determinant en tant qu'étant non-effectif.

         C'est sous ce double rapport qu'il faut pour ainsi dire "ceuillir" par abstraction la quiddité intrinsèque du premier mot de Stephan Derrick à chaque épisode (et il y en a 281) (chiffre toutefois contesté et contestable bien que l'on ne puisse pas en discuter de manière éthiquement correcte avec les concernés).

         C'est ainsi que Derrick prononce la plupart du temps son premier mot sur les lieux du crime (c'est à dire 10 ou 20 minutes après le début de l'épisode), avec un café à la main (dans 42,381% des cas), parfois une bière (dans 5,374% des cas) et s'adresse à Harry (qui est toujours le premier sur les lieux du crime) en prononcant, dans environ 86,3455% des cas : "Bonjour Harry ! Alors que s'est-il passé ?".