Propédeutique
à une phénoménologie de la conscience intime du silence
Par Vivien Hoch, Institut catholique de Paris

Le silence est une non-perception, un non être : il n'est qu'une absence de donné sensoriel ; le silence ne se manifeste pas, ou plutot il manifeste sa non-manifestation. C'est là justement que réside le problème d'une phénoménologie du silence. En quoi peut-il être un objet d'étude pour la science phénoménologique ?
C'est qu'à partir d'une conscience tournée vers un monde, et qui plus est éveillée et attentive à receuillir toute forme de perception, à enregistrer et à assimiler toute sorte de choses vécues, une non-perception se distingue et surtout ne s'assimile pas de la même façon qu'une perception "habituelle", bien que le silence soit de façon concrète un vécu habituel et fréquent dans une vie.
C'est ainsi que se pose le problème de la présentification à la conscience de la non-manifestation apparente du silence. C'est que la conscience, en tant que rassemblatrice et organisatrice de différents donnés sensoriels qui lui sont manifestés sous différents modes n'a, dans le cas du vécu silencieux, justement aucun donné sensible à traiter et à présentifier. De surcroit, bien que le silence n'ai pas de consistance sensible, il se manifeste de façon effective à la conscience ; mais comment un non-être peut-il se manifester puisque, par définition, seul l'être-là-dans-le-monde, la chose, la res, se manifeste ? C'est à dire : le silence se manifeste-t-il ou bien manifeste-il une non-manifestation pourtant effective ? Et comment la conscience peut-elle prendre pour objet intentionnel une non perception ? Ne serait-ce là pas une contre-intention ; et bien plus, l'essence même du vécu silencieux, ne repose-t-elle pas sur un vécu purement intentionnel : le silence repose-t-il sur l'intuition ?